Publié dans : LA QUESTION JÉSUS

          « Jésus n’a pas cherché à transformer le monde, il annonce sa fin ».

          C’est une phrase-clé du roman Dans le silence des oliviers (cliquez) . Un lecteur me demande si elle est exacte, et si oui, comment décoder ce message ? Je résume donc ici pour lui ce qui parcourt tout ce roman.

 

I. Le contexte historique

 

          Au 1° siècle avant J.C., le monde juif vivait dans un climat de fin du monde. On lisait les apocalypses de Daniel, de Baruch, les écrits de la mer Morte qui annonçaient une guerre entre les Fils de Lumière et les Fils des Ténèbres – une guerre qui serait la dernière.

          Au bord du Jourdain, Jean-Baptiste clamait que cette fin était proche, et qu’elle se manifesterait par un déluge de feu qui engloutirait l’humanité pécheresse. Ce message touchait les juifs, dont la majorité croyait au « Grand Jour » : la fin du monde, suivie d’une résurrection générale qui serait en fait une seconde création échappant à l’emprise du démon.

          La défaite finale et définitive du Mal, personnalisé par Satan.

          Un retour au paradis d’avant la chute d’Adam.

 

          Disciple de Jean-Baptiste, Jésus commence sa prédication en reprenant à son compte ce message : « Convertissez-vous, car la fin est proche. » Mais très vite, il abandonne ce catastrophisme radical.

          Pourquoi, sous quelles influences ? Les évangiles ne le disent pas, mais soulignent « qu’à la vue des foules hagardes et désorientées, il était ému jusqu’au fond de ses entrailles. » Sans doute est-ce son contact avec ces foules juives désespérées par l’occupation romaine, la collaboration des élites juives, le cynisme des dirigeants fantoches installés par Rome, leur mépris du peuple, cette « racaille » (selon les membres du Sanhédrin) - bref, le désespoir d’une population abandonnée à elle-même -, qui lui a fait dépasser le pessimisme de son maître Jean-Baptiste. Le premier de ses discours commence par le mot " heureux ", répété comme une litanie : ce sont les « Béatitudes ».

 

II. Le droit au bonheur

 

          « Heureux », makarioi, est le nouvel étendard brandi par Jésus. C’est une rupture complète d’avec le courant apocalyptique et l’enseignement des grands prophètes ses prédécesseurs. Heureux ceux qui pleurent, ceux qui ont faim de justice, ceux qui souffrent… Ce n’est pas du masochisme (la joie par la douleur), c’est le regard porté vers un horizon nouveau : le terme et l’accomplissement de la vie humaine n’est pas l’anéantissement dans une fournaise de feu, c’est le bonheur.

          Le droit au bonheur est la base fondatrice de l’enseignement de Jésus. En entendant ce mot la réaction des foules fut immédiate : un succès qui fit de lui une vedette, partout fêtée, suivie par ses fans.

          Le rêve (juif, américain, français) a toujours séduit les foules. Mais ensuite, il faut montrer comment ce rêve peut devenir réalité concrète ! Et là, les choses se compliquent, la popularité décroit.

 

III. Transformer la société ?

 

          Jésus ne propose pas un programme de justice sociale. Témoin du chômage endémique qui régnait dans sa région, il n’en critique pas les causes mais demande aux employeurs de payer l’ouvrier de la onzième heure comme celui qui a travaillé depuis le matin – ce qu’aucun patron raisonnable ne peut accepter. Il donne en exemple le profit réalisé par ceux qui gèrent bien leur fortune (parabole des talents), et fait même l’éloge d’un intendant qui vole son maître en remettant en cachette les dettes de ses débiteurs.

          Comme par ailleurs il a des amis riches, dont il accepte sans hésiter les dons et l’hospitalité, ses disciples constatent qu’il n’a jamais dit qu’il fallait « prendre l’argent des riches pour le donner aux pauvres ». Et ils s’insurgent, voyez Judas qui fait remarquer qu’avec le prix du parfum gaspillé par Marthe à ses pieds (un an de salaire) on aurait pu venir en aide aux pauvres. Réponse de Jésus : « Les pauvres, vous les aurez toujours auprès de vous. Moi, en revanche… »

          Ce n’est pas là l’enseignement d’un réformateur social.

 

          Il ne propose pas non plus un renversement de l’ordre politique établi. C’était l’ambition des Zélotes, dont plusieurs de ses disciples étaient proches (Pierre, Jean et son frère Jacques, Simon, Judas). S’il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, il faut aussi rendre à César (l’État en place) ce qui est à César. Aucune contestation politique : c’est sans doute pour cela qu’il a été trahi par la frange politisée de ses suiveurs, et livré au Sanhédrin.

          Ce n’est pas là l’enseignement d’un réformateur politique.

 

          Sa seule contestation, sans équivoque et violente, s’adresse à l’Église de son temps, les dignitaires Pharisiens et Sadducéens. Forme virulente d’anticléricalisme (et second motif de son arrestation) qui ne remettait pas en cause l’ordre économique et politique global de la société juive.

          A-t-il donc été un allumeur sans feu, un contestataire illuminé, vaguement anarchiste ?

 

IV. La fin de ce monde, dès maintenant

 

          Jésus propose un Royaume différent de ceux qu’il avait sous les yeux.

          L’établissement de ce Royaume, c’est ainsi qu’il conçoit la fin du monde.

          Non pas par une transformation radicale de la société et de ses valeurs, une révolution sociale et politique. Mais par la transformation de chaque individu, à l’intérieur de lui-même : changer le cœur de l’Homme - puisque tout vient de là, pensées, paroles, actions. C’est la « Loi du cœur », qu’il substitue à la Loi juive avec ses 613 préceptes (cliquez) .

 

          Une révolution individuelle donc, non pas collective.

          Changer les individus pris un à un, pour changer la société qu’ils constituent. Et ceci, dès maintenant, sans attendre le « Grand Jour » ou une hypothétique transformation sociopolitique, qui lui a semblé hors de sa portée. Ou en tout cas, qu’il n’a jamais enseignée.

          Ce changement, il n’est pas pour plus tard, quand toutes les conditions d’une révolte collective seront réunies, mais pour tout de suite. Chaque malade qu’il guérit, chaque  mort en sursis qu’il relève, chaque aveugle qui retrouve la vue à son contact, chaque pécheresse rendue à la vie sociale est une parabole vivante du Royaume qu’il propose. « Va, et ne pèche plus » : désormais, tu es un homme ou une femme nouvelle. En toi, l’ancien monde est fini, tu es la preuve et l’annonciateur du monde nouveau.

          Le Royaume de Jésus, sa mutation sociale et politique est donc déjà là, « sous vos yeux » comme il le répète aux disciples témoins des guérisons, mais il est encore à venir - puisque tous les cœurs ne sont pas encore transformés.

 

V. Une utopie individualiste ?

 

          Cette utopie, il l’a d’abord réalisée en lui-même par le choix radical d’une vie de vagabond. C’est-à-dire ne possédant absolument rien (fin du diktat des richesses) mais subsistant grâce à la générosité de ses amis riches (instauration d’un monde de partage).          

          L’épisode de la « multiplication des pains » a été interprété par les évangélistes comme un miracle : c’en est un en effet, le miracle du partage. En le voyant entouré d’une foule affamée, ses bienfaiteurs lui ont fait spontanément parvenir au bord du lac des paniers de pain et de poisson. Dans le partage de cette nourriture, comme dans le repas improvisé sur l’herbe qui suit, Jésus a vu un double symbole de son Royaume : la richesse n’est pas répartie par une loi sociale, elle est partagée par l’élan du cœur. Et le repas de la foule, comme tous les repas de Jésus rapportés par les évangiles, est l’image réalisée de ce que sera le bonheur du Royaume à venir.

 

          Quant à la puissance injuste et oppressive de l’État, il la méprise et s’en moque avec humour. Oui dit-il, Hérode est « un renard ». Donnons-lui ainsi qu'à César l’impôt qu’ils réclament, et faisons advenir la justice à notre niveau individuel, le seul sur lequel nous ayons prise.

          Il semble avoir accepté la fatalité des pouvoirs (sauf le religieux), comme il avait accepté dès son séjour initial au désert la fatalité de la présence du Satan. Pour lutter, dans un anonymat historique assourdissant, contre chacun d’entre eux.

          Attitude de courage individuel pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême.

 

VI. Le premier des altermondialistes

 

          Jésus avait donc compris que vouloir instaurer ici-bas un autre monde que le nôtre était une utopie, qu’aucune action sociale ou politique ne serait jamais capable de réaliser.

          Avec pragmatisme, il a proposé la seule révolution qui soit efficace, celle des individus.       

          Non pas changer le monde, mais changer l’Homme.

          La contagion de la révolution par l’exemple et la proximité.

         

          Changer l’Homme, faire naître un Homme nouveau a été le programme de tous les révolutionnaires, de Robespierre à Lénine et Pol Pot. Ils ont voulu y parvenir par la violence, l’élimination des opposants, le sang répandu : on connaît le résultat.

          Jésus propose une autre arme révolutionnaire : la compassion d’un Dieu, père tendre et aimant. Qui ne condamne personne, ne ferme jamais aucune issue, offre à chacun (d'où qu'il parte) la possibilité de se transformer en changeant son cœur.

          Compassion dont les Hommes Nouveaux devront à leur tour faire preuve envers toute personne rencontrée en chemin (et pas seulement avec les membres du même Parti).

 

          Mystique, ou réalisme ?

          Programme en tout cas applicable par tous, quels que soient les talents, la position sociale, la fortune ou la pauvreté.

          Que l’Église chrétienne ait vite oublié ce programme en se rangeant du côté des puissants, n’empêche pas qu’une quantité de saints et d’anonymes l’ont entendu et mis en pratique.

 

          Ce sont les « justes » que vénère le judaïsme, et grâce à qui (selon lui) ce monde existe encore.

 

                                       M.B., 23 oct. 2011

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          Il paraît en moyenne un livre tous les 6 mois sur Jésus.

         Valeurs Actuelles du 29/9/11 publie des extraits du dernier en date, celui de Jean-Christian Petitfils (1). La présentation de la revue est alléchante : cette « monumentale biographie fait le point des connaissances historiques sur le Christ, à l’opposé des démarches sensationnalistes trop souvent adoptées sur le sujet. » Et de citer, après Renan, « les élucubrations pseudo-historiques de Jacques Duquesne ou de Prieur et Mordillat, obsédés par la volonté de démontrer que l’Église aurait dénaturé la vie et le message du Christ. »

          Le ton est donné.

 

La littérature sur Jésus

 

          Dans cette immense production littéraire, j’ai cru pouvoir distinguer quatre types d’approche (2) :

          - Les grands noms de la littérature (de Mauriac à Max Gallo) : tout grand écrivain se doitd’avoir écrit  avant de mourir son livre sur Jésus.

          - Les fantaisistes (Kazantzakis, Messadié) qui décrivent le Jésus de leurs rêves – et des nôtres.

          - Les commerciaux, qui exploitent les idées dont raffole le grand public pour les transformer en juteux droits d’auteur  (le Da Vinci Code).

          - Et l’imposante armée des spécialistes, scientifiques de haut niveau qui font preuve d’une masse impressionnante d’érudition.

          Où situer le Jésus de J.C. Petitfils ?

          Quelques exemples, tirés des extraits publiés par Valeurs Actuelles (3).

 

La mauvaise foi au service de la foi

 

          « Comment se représenter Jésus, écrit l’auteur ? Si l’on s’en rapporte au linceul de Turin, il est de grande taille, pèse entre 77 et 79 kilos, etc. » Un historien qui s’appuie sur ce morceau de tissu controversé se disqualifie définitivement. On comparera avec la façon dont j’ai tenté une description de l’apparence de Jésus, en me limitant au seul texte des Évangiles (4).

 

          Jésus avait-il des frères de sang ? Après avoir rappelé les « quelques catholiques (sic !) qui adoptent la thèse d’une Marie mère de famille nombreuse », l’auteur s’enferme bien au chaud dans les conclusions du P. Grelot : il faut « considérer les frères de Jésus comme des cousins à la mode orientale », et comprendre que dans les Évangiles adelphos (frère) signifie en fait  anepsios (cousin).

          Mais le Nouveau Testament sait parfaitement faire la différence entre frère et cousin : les frères de sang (Caïn, Juda, Jechonias, Lazare, Pierre, Jean, Hérode, Jude) y sont unanimement et sans équivoque appelés adelphoi, et les cousins (Barnabé) anepsioi.

          Encore mieux dit l’auteur, « si Marie avait eu d’autres enfants, obligation leur aurait été faite de s’occuper de leur mère. » Mais c’est précisément ce que fait Jacques, le frère de Jésus ! Devenu chef de famille après la mort de son aîné, il prend avec lui sa mère Marie et l’emmène à Jérusalem (Actes 1,14).

 

          Jésus croyait-il être Dieu ? « L’historien répond affirmativement ». Hélas, ses arguments prouvent une méconnaissance totale de l’exégèse. Pour lui, ce sont les guérisons de Jésus qui font de lui l’égal de Dieu, tout comme sa liberté envers la Loi juive. Ầ l’appui, il cite quelques lignes choisies dans les passages de l’Évangile de Jean qui datent des années 90 et sont en contradiction avec d’autres, plus anciens, moins influencés par les objectifs de l’Église en formation.

 

          Jésus était-il un prophète ? Oui, dit l’auteur, et la preuve c’est qu’il a annoncé d’avance la destruction du Temple. Il conclut : « Au moment où les Évangiles [sont écrits], au début des années 60, le Temple… est encore debout. C’est la raison pour laquelle aucun évangéliste… n’a souligné que cette prophétie… était réalisée, ce qu’ils n’auraient pas manqué de faire, bien entendu, s’ils avaient écrit après le sac de Titus. » Alors que c’est précisément le contraire : à une première rédaction effectuée avant 70, les évangélistes ont ajouté après l’événement une annonce du sac du Temple, en la mettant dans la bouche de Jésus.

          Par ailleurs, inutile de rappeler à l’auteur que pour la Bible, le prophète n’est pas une Madame Soleil qui prédirait le futur, mais un Éveillé qui porte un regard d’ensemble sur notre destinée à la lumière du passé (qu’il connaît) et de la parole de Dieu (qu’il écoute).

 

L’Histoire comme anxiolytique ?

 

          Il est donc clair que J.C. Petitfils est à ranger dans la 3° catégorie : celle des écrivains commerciaux. Qui se constituent un public en le rassurant par un mélange habile de vérités reçues et de contre-vérités.

          Contrairement bien sûr aux « élucubrations pseudo-historiques » des chercheurs, des spécialistes et de votre serviteur qui tentent, eux, de réveiller ce public en lui présentant un Jésus démaquillé, rajeuni par plus d’un siècle d’exégèse historico-critique extraordinairement exigeante.

 

          Nul doute que ce nouveau Jésus figurera en bonne place sur les tables de nos libraires. De même que le Valium, le Témesta et le Prozac sont toujours à portée de main sur les rayonnages de nos pharmacies.

 

                                   M.B., 6 oct 2011

 

Voyez dans ce blog une analyse plus complète de ce livre : cliquez

 

(1) Jean-Christian Petitfils, Jésus, Fayard, 440 pages.

(2) Michel Benoît, Dieu malgré lui, Robert Laffont, 2001, p. 13.

(3) On me reprochera de parler de ce livre sans l’avoir lu en totalité : les 4 pages d’extraits publiés dans Valeurs Actuelles m'ont suffi.

(4) Dieu malgré lui, p. 43.

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Publié dans : L'ISLAM EN QUESTIONS

          Une lectrice (E.S.) m'écrit :

 

"Je dois avouer que votre obstination contre l'islam me bloque. Que vous apporte, dans vos recherches, votre dénigremet permanent de l'islam ? Vous aide-t-il à retrouver les traces des premiers chrétiens qui ont tenté de sauvegarder le message de Jésus ?"

 

          D'abord, merci E.S. de votre interrogation. Elle mérite que j'y réponde point par point.

 

Obstination contre l'islam

 

          Soyons clairs : autant je connais la tradition chrétienne dans sa formation et son évolution au cours des siècles, autant (par comparaison) je n'ai de l'immense tradition islamique qu'une connaissance approchée. Courte est la vie.

          Je ne porte donc jamais de jugement sur l'islam en tant que tradition intellectuelle & spirituelle.         

          Mais j'ai passé beaucoup de temps à étudier le texte du Coran, avec les mêmes méthodes exégétiques & critiques qui se montrent si fructueuses pour la Bible. 

          Pourquoi tant de travail ?

 

          Parce que j'en avais assez d'entendre dire que "l'islam est une religion de paix, d'amour et de tolérance. Ne confondons pas islam et islamistes". J'ai donc voulu aller au texte fondateur de cette religion, le Coran dont tous, "bons musulmans" comme islamistes, semblent apparemment se réclamer. 

 

          Conclusion : je ne sais pas si "l'islam est une religion de paix et de tolérance" (la réponse n'est pas de mon domaine de compétence). Mais je sais désormais que le Coran est un texte qui appelle à la violence, au meurtre et à l'intolérance.

          Tout le Coran ? Non. Et c'est là la difficulté, que seule une exégèse historico-critique permet de lever.

 

          Une partie du Coran seulement appelle à la violence et à l'intolérance. Ce que j'appelle dans mon roman (à venir) les "versets brûlants". Ces versets éclairent de leur lumière incendiaire tout le Coran.

          Les identifier, comprendre d'où ils viennent et pourquoi, c'est se rapprocher des "bons musulmans" qui ne s'en réclament pas, et s'éloigner des islamistes qui en ont fait l'étendard de leurs violences.    

 

Les traces des premiers chrétiens

 

          On le dit rarement, mais toute une partie du Coran n'est rien d'autre que le reflet d'un judéo-christianisme primitif, le nazôréisme (parfois confondu à tort avec l'ébionisme). L'auteur du Coran a été assez proche des nazôréens - tels qu'ils survivaient encore en Syrie au VIII° siècle - pour inclure dans son texte de larges extraits de leur christianisme particulier. Et condamné comme hérétique par l'Église chrétienne.

 

          Or il se trouve que Jésus était nazôréen (voir Dieu malgré lui). Certes, le nazôréisme du Coran n'est pas celui de Jésus au 1° siècle (dont on sait peu de choses). Le Coran témoigne de l'évolution subie pendant 6 à 7 siècles par un nazôréisme devenu de plus en plus messianiste. Mais enfin il existe bien un lien matériel entre l'auteur du Coran, séduit par ce nazôréisme judéo-chrétien tel qu'il le rencontra au 8° siècle en Syrie, et Jésus qui fut nazôréen au 1° siècle en Palestine.

         

          Et les lecteurs du Secret du 13° apôtre comme de Jésus et ses héritiers et Dans le silence des oliviers savent le rôle joué dans la vie de Jésus par un homme, qui fut sans doute nazôréen lui-même (le "disciple que Jésus aimait"), dans la transmission du message de son maître.

          Comme dans l'évolution primitive du mouvement nazôréen.

 

          Certes, tout ceci ne repose que sur des hypothèses historiques. Criticables, par définition. Mais à une condition toutefois :  que la critique se situe (au moins) au même niveau d'élaboration et de travail sur les sources que l'hypothèse. Désirée, cette critique est alors toujours bienvenue.

 

          Islamophobe ? Pas sûr, en tout cas pas directement.

          Plus que réservé sur la nature pacifiste et tolérante du Coran ? Oui, et en connaissance de cause.

 

                                                  M.B., 26 sept 2011

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Publié dans : L'ISLAM EN QUESTIONS

          Sur cette terre, environ 1 milliard de musulmans - soit logiquement la moitié de femmes. Que dit le Coran de nos adorables moitiés ?

 

Aux origines : le messianisme judéo-essénien

 

          Pour son époque l’Ancien Testament n’est pas particulièrement misogyne, il donne même parfois aux femmes une place qu’elles n’avaient pas chez les peuples voisins.

           Mais à partir de l’exil (- 586), on voit apparaître en Israël un messianisme de plus en plus exacerbé, combiné à partir du II° siècle avant J.C. avec un gnosticisme de plus en plus affirmé.

 

          Messianisme : c’est l’attente d’un Messie charismatique et belliqueux, qui prendra la tête d’une guerre d’extermination contre tous les ennemis d’Israël.

          Gnosticisme : c’est un courant philosophique qui sépare l’univers en deux sphères, celle du bien (les Fils de Lumière) et celle du mal (les Fils des Ténèbres).

 

          Les manuscrits trouvés sur les rives de la Mer Morte datent du tournant du 1° millénaire. On y lit des perles, comme : « La perversion du cœur des femmes éloigne les humbles de Dieu, égare les humains dans un fossé et les séduit par leurs flatteries. (1) Au roi elles enlèvent sa gloire, au brave sa force, au pauvre le soutien dans sa pauvreté. » (2)

          Ầ cette époque, était donc répandue en Israël une idéologie selon laquelle la femme, par nature, détourne l’homme de sa mission.

          Pourquoi ? Parce qu’ici-bas les Fils de Lumière (nous) sont engagés dans une guerre sans merci, totale, contre les Fils des Ténèbres (eux). Dans ce climat totalitaire, la séduction féminine empêche le fanatique d’être entièrement investi dans la seule chose qui compte, son combat pour le triomphe de la cause du Bien (nous).

          Séductrice, la femme représente pour l'homme (et donc pour la communauté des combattants) un danger mortel.

          Séduction (tentation), en arabe, se dit fîtna.

 

          On retrouve cette misogynie dans le Talmud, écrit juif rabbinique écrit cinq siècles plus tard. « Le Talmud est résolument misogyne… La femme n’est pas digne de témoigner (pas plus que le fou ou l’enfant). Le mariage est un acte d’achat, et la femme appartient à son mari sans pouvoir, contrairement à lui, dissoudre cette union. » (3)

 

          Retenons de cela qu’un fort courant juif, d’origine essénienne et qui s’épanouit dans le judaïsme rabbinique, voyait dans le monde la scène d’un combat apocalyptique entre le bien et le mal. Guerre totale : ne survivront que ceux dont les armes ne seront ni polluées, ni alourdies par une quelconque tentation.

          Prêt à se sacrifier pour le retour du Messie, le fanatique ne doit être retenu ou empêché par rien.

 

Le Coran, un texte d’inspiration judéo-chrétienne

 

          La recherche contemporaine a mis en évidence un fait que les érudits musulmans peinent à reconnaître : le Coran est entièrement d’inspiration juive et nazôréenne. (4)

          Juive, et pas n’importe quel judaïsme : le judaïsme rabbinique du VII° siècle, c’est-à-dire talmudique.

          Nazôréenne : cette secte judéo-chrétienne, qui sort lentement de l’oubli, E.M. Gallez l’appelle à juste titre un judéonazôréisme (5). C'est-à-dire un judéo-christianisme particulier, à la fois messianique et fortement teinté de gnosticisme.

 

          On ne peut pas comprendre le Coran si l’on oublie qu’il part en guerre d’une part contre les musrikûn, ceux qui associent d’autres dieux au Dieu unique (les idolâtres et les chrétiens). Et d’autre part contre les kafirûn, ceux qui « recouvrent » Dieu par leurs infidélités à sa Loi (les juifs).

          Dans l’optique talmudique aussi bien que nazôréenne reprises par le Coran, le salut du monde est en jeu : il y a d’un côté le « parti d’Allah », hizb Llah, qui doit tout sacrifier au Chemin d’Allah, sabîl Llah. Et de l’autre le « parti de Satan », hizb saytân formé par les ennemis d’Allah.

          L’homme musulman est un mukallaf, un chargé de mission, réquisitionné par Allah : tout doit être sacrifié à cette cause.

 

Les femmes, obstacles à la cause

 

          Dans cette optique totalitaire seule compte l’Umma, la communauté des croyants : l’individu ne compte pas.

          Or, à cause de leur maternité les femmes ont l’esprit tourné vers la vie qu’elles créent autour d’elles, d’où cette prescription du Coran : « Vos femmes et vos enfants sont pour vous des ennemis. Prenez-y garde ! Vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation – fîtna » (6).        

          C’est aussi pourquoi « les hommes ont autorité sur les femmes, parce qu’Allah les préfère à elles » (7). Et si elles ne se soumettent pas, « celles de vos femmes dont vous craignez la désobéissance, reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les. Mais si elles vous supplient, cessez de peser sur elles » (8).

 

          Non pas que l’homme serait automatiquement du parti de Dieu, tandis que la femme serait automatiquement du parti de Satan. Mais seule une femme devenue mukallaf , militant(e) totalement engagée dans la cause, peut trouver grâce aux yeux de la communauté, l’ Umma.

          La femme n’est pas l’égale de l’homme, mais la croyante est l’égale du croyant. Ce qui peut expliquer le choix de certaines femmes du port du voile, qui les marque comme croyantes plutôt que comme femmes.

 

          On trouve déjà cette idée dans plusieurs évangiles apocryphes gnostiques comme l’évangile de Thomas, logion 114 :

          « Simon-Pierre dit : « Que Marie sorte du milieu de nous, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie ». Jésus dit : « Je l’attirerai afin de la faire mâle… car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux ».

 

Le Coran, un progrès et un adoucissement

 

          On sait assez peu de choses sur la société arabe du Hîdjaz au VII° siècle. Mais ce qu’on constate, c’est que le Coran annule la lapidation de la femme adultère, prescrite – et pratiquée – dans le judaïsme à l’époque de Jésus.

          Si une femme est surprise en flagrant délit d'adultère (ou fortement soupçonnée), « le débauché et la débauchée recevront cent coups de fouets chacun, et un groupe de croyants sera témoin de leur châtiment. N’ayez aucune indulgence envers eux, c’est la religion d’Allah. » (9)

          De même, en cas d’héritage « Allah ordonne d’attribuer au garçon la part de deux filles » (10) : c’était sans doute plus qu’elles n’avaient jamais reçu.

          La législation coranique sur la dot, les enfants, le divorce, le témoignage en justice nous paraît médiévale et inacceptable : pour nous elle l’est , mais au VII° siècle elle représentait plutôt un progrès.

          Le problème, c’est que l’horloge historique de certains fanatiques musulmans s’est arrêtée à la fin du VII° siècle. En ce qui concerne l’accusation d’adultère notamment, ils oublient que les plaies de cent coups de fouets cicatrisent plus facilement qu’un corps écrasé à coups de pierres.

 

Les hadîths

 

          D’autant plus qu’au texte du Coran se sont ajoutés, au cours des siècles, des hadîths ou paroles du Prophète recueillies par ses proches compagnons, et non consignées dans le texte du Coran dicté par Allah à son Prophète.

 

          Ainsi, ce délicieux proverbe qui lui est attribué :

« La plus grande cause de misère que j’ai laissée à l’homme, ce sont les femmes. »

          Ou encore, cet autre attribué à ‘Ali, neveu de Mahomet :

« La femme toute entière est un mal. Et ce qu’il y a de pire en elle, c’est que c’est un mal nécessaire » (11).

 

          Heureusement, il y a des versets authentiquement dictés par Dieu, comme celui-ci :

« Vos femmes sont un champ à labourer : labourez-le comme il vous plaît. » (12). Tout récemment, je bavardais avec un musulman de milieu populaire, qui était fier de passer ses journées à étudier le texte du Coran. Il m’expliqua que ce verset de la sourate « La Vache », la 2° du Coran, signifiait en fait que les maris peuvent prendre leurs femmes par devant ou par derrière, « comme il leur plaît ». Ce sont les délices de l’exégèse coranique, adaptée à "un peuple qui ne se trompe pas" (13).

 

L’héritage judéo-gnostique en christianisme

 

          Nous n’avons de leçons à donner à personne.

          Rappelons-nous ce que fut la condition de la femme en chrétienté triomphante : nous étions tout aussi messianistes, attendant le retour du Christ et prêts à le hâter par quelques bonnes croisades – comme celle des armées du pape contre les pieux albigeois.

          Tout aussi gnostiques, reléguant l’œuvre de chair aux confessionnaux, si d’aventure elle s’accompagnait de plaisir.

          Combien de siècles avons-nous mis à reconnaître aux femmes, après une âme semblable à celle des hommes, une dignité égale à la leur ?

 

          Et nous souvenons-nous que Jésus, qui fut nazôréen, parlait en public à une femme, étrangère de surcroît, acceptait dans son entourage des femmes qui se montrèrent à son égard d’un dévouement sans borne, jusqu’au bout. Relevait sans la juger une prostituée repentante, rendait la vie à une femme adultère sur le point d’être lapidée…

 

          Hélas, Jésus a été transformé en Christ, ce qui ne lui a pas réussi – et à nous non plus.

 

                                               M.B., 21 août 2011

 

 

(1) Écrits Intertestamentaires, Pléiade 1987, Fragments divers : Pièges de la Femme, pp. 447-451.

(2) Testaments des XII Patriarches, Juda, id. p. 867.

(3) Raphaël Cohen, Ouvertures sur le Talmud, Paris, Granger, 1990, p. 125.

(4) Voyez, dans ce blog, les articles rassemblés sous la rubrique « L’islam en questions »

(5) Le Messie et son prophète, 2 tomes aux Éditions de Paris, 2005. Ouvrage remarquable, auquel j’emprunte une partie de cet article.

(6) Coran 64, 14-15.

(7) Coran 4,34 a.

(8) Coran 4,34 b. Traduction Denise Masson, corrigée par Berque.

(9) Coran 24,2.

(10) Coran 4,11.

(11) Deux hadîths cités par Gallez, Tome I page 508.

(12) Coran 2, 223.

(13) Coran 5, 51.

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Publié dans : OUVRAGES DE MICHEL BENOIT

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                                       Dans le silence des oliviers

 

          Je viens de terminer la lecture du livre Dans le silence des oliviers de Michel Benoît et je voudrais exprimer succinctement mes réactions.

 

          Dans un premier temps, je me suis dit que ce récit présenté en roman n'attirerait ni les amateurs d'extraordinaire, ni les chercheurs de spiritualité.

          Mais rapidement, au fur et mesure de la lecture, je me suis laissé fortement impressionner par ce cheminement vécu en direct, par les questionnements, les épreuves, les appels portés par Jésus.

          J'ai apprécié à travers la progression dans le temps tout ce qui permet de mieux comprendre ses réactions, son évolution, ses craintes, ses doutes, sa souffrance, sa grande solitude ... Avec "Le Mal" puissant qui reste toujours actif et sape les efforts. Avec la méditation dans le silence qui est la base de l'écoute et du cheminement. Sans s'appuyer sur des miracles qui ne sont que des phénomènes naturels ! Et surtout, sans trahir la Parole.

          En préservant la sobriété des citations évangéliques mais en plaçant cette Parole dans son cadre géographique et historique concret, on devine mieux ce qui a pu réellement se passer ...

 

          C’est une analyse profonde, sérieuse, à la fois claire, précise et très judicieuse, qui traduit une ambiance, une époque et présente un message crédible qui ne tombe pas du ciel mais se construit progressivement à travers des évènements humains.

          Le tout dans un style facile, agréable, non prétentieux et non réservé à une élite ...

 

          Après le livre Dieu malgré lui qui a été pour moi une révélation, ce roman rassemble une recherche et met en scène des hypothèses mûries, notamment celle du 13° apôtre, le "disciple bien aimé".

          Il traduit concrètement une démarche pour mieux en cerner la vraisemblance tout en valorisant la portée exceptionnelle du témoignage de l'homme Jésus, un grand prophète, un croyant engagé mais certainement pas un dieu.

          Ce travail portera ses fruits car les hommes bienveillants qui cherchent à accueillir le bonheur avec leur cœur peuvent entendre facilement cette approche.

 

Pascal JACQUOT

 

(Publié sur le site écoute et partage)

 

 

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Michel Benoît



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