Publié dans : CRISE DE L'OCCIDENT

 HIER, AUJOURD’HUI : UNE IMPASSE ?

 

            Au IV° siècle, l'Empire romain était totalement imprégné par le culte solaire de Mithra. Il s'en est fallu de peu que Julien l'apostat, formé au christianisme dans son enfance, n'impose un mithraïsme réformé, avec "médiateur" et trinité solaire, qui aurait pris la place du christianisme alors en formation.
          En retour, ce culte a marqué de son influence le christianisme, puisque Jésus est souvent représenté depuis avec les attributs solaires, la liturgie ancienne l'appelle sol oriens (soleil levant), la date du 25 décembre sera choisie comme dies natalis (jour de naissance) du Christ, les églises sont toutes orientées vers l'Est…

            Finalement, c'est le christianisme qui l'a emporté, peut-être grâce à son insistance sur la souffrance humaine – négligée par le mithraïsme. Un "Dieu souffrant" sédu isant plus facilement des foules souffrantes qu'un dieu solaire triomphant des ténèbres…

 

            L'évolution du christianisme peut se schématiser ainsi :

 

          - Un Ra bbi juif est divinisé pour des raisons essentiellement "politiques", et au contact des religions à mystère de l'Empire. L'influence gnostique est forte (gnose grecque et juive).

          - Pendant deux siècles, christianisme primitif et religions orientales cheminent côte à côte, en rivalité de plus en plus vi olente. Irénée est le premier à organiser la confrontation.

          - En 313, Constantin publie un Décret de tolérance qui instaure une compétition politique (avantages économiques, fiscaux, exemptions..) entre christianisme et religions anciennes

          - Les chrétiens, libérés par cet édit, se déchirent entre eux : sous une apparence dogmatique, ce sont surtout des querelles de pouvoir. Les sectes chrétiennes pullulent, l'Arianisme en tête qui refuse la divinité de Jésus. En 325, un concile partiel (Nicée) fixe la doctrine de la tendance dure (divin isa tion de Jésus), mais les opposants ne l'acceptent pas. L' Empire se déchire entre un Occident catholique et un Orient Arien.

          - Julien se rend compte que l'Empire romain va disparaître s'il perd son ossature religieuse et culturelle. Il tente, vers 360, une restauration du mithraïsme.

          - La mort rapide de Julien fait avorter cette tentative. Comme prévu, l'Empire s'effondre.

          - Sur ses restes, l'Église chrétienne s'établit par un double mouvement :

·        Persécution des religions anciennes, prise du pouvoir (privilèges politiques et sociaux), puis élimination des rivaux religieux (sauf arianisme). A la fin du IV° siècle, l'Église apparaît seule debout dans un champ de ruines.

·        Consolidation du dogme de l'Incarnation par celui de la Trinité (Chalcédoine, 451) : établissement d'une forteresse dogmatique à laquelle collaborent des esprits à la fois brillants et fanatiques d'Orient et d'Occident.

          - Sur ce socle dogmatique se construit lentement l'édifice sacramentel : entre le 8° et le 10° siècle, le couple sacerdoce-épiscopat est bétonné, le célibat des prêtres défini. Autour du 10° siècle, fixation du sacrement de mariage, tissu conjonctif de la société chrétienne.

          - Autour du 13° siècle, fixation de l'eucharistie : on conceptualise la transformation de la substance du pain en substance du ressuscité, grâce au recours à la philosophie aristotélicienne qu'on vient juste de redécouvrir.

          - Au 11° siècle, schisme orient-occident pour raisons purement politiques. Mais il faudra attendre 1871 pour que la dernière conséquence en soit tirée : la définition du dogme de l'infaillibilité papale. Peu après, échec des conversations entre Newman et les anglicans, où l'on évoque la reconnaissance des ordinations anglicanes – qui aurait réunie à Rome l'Église d'Angleterre et ses colonies, notamment américaines.

          - Au tournant du 20° siècle, 1° crise moderniste : l'Église, qui a encore une certaine vitalité intellectuelle (renouveau thomiste des années 20 à 40), réagit. Elle achève l'édifice sacramentel en définissant le "moment" de la transsubstantiation : les par ole s de la consécration et non pas l'épiclèse qui la précède – rejetant ainsi une main tendue de l'Orient, pour qui c'est l'épiclèse qui est le centre de la prière eucharistique.

          - 2° crise moderniste : l'après-guerre. La structure hiérarchique de l'Église est mise en cause par le mouvement théologique (Congar, de Lubac, Rahner…) et social (les prêtres-ouvriers, les nouvelles fondation religieuses)

          - Vatican II : ne condamne pas, mais se contente d'entrouvrir quelques portes : ministères, rapprochement avec les chrétiens "séparés"… Bien évidemment, on ne touche pas aux fondements dogmatiques. C'est un Concile "pastoral" : par ce terme qui définit son (absence d') ambition, l'Église avoue qu'elle n'a plus les moyens de bâtir, ou de re-bâtir, un édifice doctrinal ou idéologique d'envergure.

          - Le long règne de Jean-Paul II fige durablement cette pétrification de l'Église : toute recherche est condamnée (théologiens sud-américains, Drewerman), toute ouverture refermée (Gaillot), l'Église se crispe sur la morale sexuelle. Les avancées idéologiques, religieuses (au sens large) et spirituelles se font désormais en-dehors de l'Église : altermondialisme, condition de la femme, écologie, recherches sur l'identité de Jésus, méditation, retour des religions "orientales" (hindouisme, bouddhisme…).

 

            Bref, on est revenu à une situation analogue au IV° siècle, à une différence près : l'Église n'est plus l'ad olescent fougueux d'alors, en croissance irrésistible. C'est un vieillard fatigué, ankylosé par les énormes calcifications idéologiques héritées de ses réactions ponctuelles à des situations nées en des époques successives du passé.
            Mais qui, une fois pétrifiées, interdisent tout mouvement.

            La chape dogmatique, faite d'éléments superposés au cours des siècles, devient le couvercle d'un cercueil qui enterre l'Église. Elle n'est plus capable que de s'agripper à cette chape, reliquat à la fois fastueux et pesant d'un passé révolu.

 

            Prenons du recul : on voit une grande période de construction dogmatique, entre le 2° et le 4° siècle. Puis une continuation sur la lancée, qui devient par la suite une calcification.

            La différence entre les conciles du IV° siècle et Vatican II est parlante : l'Église du XX° siècle a perdu tout élan constructeur, elle n'est plus qu'un conservatoire de son passé. Sa marge d'adaptation à la vie qui continue est très restreinte (quelques bricolages sans envergure) et surtout sans ambition. Au cours du 20° siècle, elle montre clairement qu'elle a perdu tout contact avec la marche de l'humanité, sur le plan religieux et humain.       
          Conservatisme et perte de contact allant évidemment de pair.

 


           
La question se pose : peut-on espérer un retour, dans l'Église, à sa créativité des quatre premiers siècles ? Et quand on connaît l'intrication des ambitions politiques et des objectifs religieux de cette époque fondatrice, est-ce souhaitable ?
          Ou bien le besoin de vie religieuse de l'humanité va-t-il désormais s'exprimer hors l'Église, ce qui semble être le cas ?

            Et alors : quel rôle notre génération (qui a encore connu une certaine Église) peut-elle, doit-elle jouer, pour que l'effacement de cette structure ne s'accompagne pas de l'effacement de Jésus ?

 

                   M. B., 2006

 

 

 

 

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Publié dans : OUVRAGES DE MICHEL BENOIT

 

                                                                              ESSAI

 

     Le 9 avril de l'an 30, un tombeau a été trouvé vide aux portes de Jérusalem. Il aurait dû contenir un cadavre, qui avait disparu.

     Que s'est-il passé ?

    
      Comme un policier menant une enquête, j'ai tiré ce fil - et toute la pelote est venue. Manipulations autour de Jésus, maquillages de son identité réelle, mensonges et impostures qui sont à l'origine du plus formidable pouvoir que l'Occident ait connu pendant 17 siècles : L'Église chrétienne.

     Le style est un peu celui du romancier, mais l'enquête est menée avec la rigueur et la précision de l'historien. On découvre la présence auprès de Jésus d'un 13° apôtre, les circonstances probables de la mort de Judas, assassiné par Pierre. Les véritables raisons de la mort de Jésus, le rôle joué par les Esséniens...

     J'ai voulu restituer son humanité à Jésus le nazôréen, en le replaçant dans le contexte social, politique et religieux qui fut le sien dans une Palestine traversée de tensions. Menée entre 1995 et 2000, cette enquête a été rendue possible par le travail des chercheurs qui, depuis une cinquantaine d'années, exhument le juif Ieshua du sarcophage dans lequel l'Église l'a embaumé, sous l'identité de Jésus-Christ.

      Je ne disposais pas à l'époque des publications des exégètes américains (Meier, Brown) : si elle aurait besoin aujourd'hui de quelques ajustements, l'enquête de Dieu malgré lui reste pertinente sur le fond.

     Dans une 2° partie, j'instaure un dialogue entre deux Éveillés majeurs de notre planète : le juif Ieshua (Jésus), et l'indien Siddartha (le Bouddha). Entreprise pour la première fois ici , cette confrontation de leurs expériences vécues jette, sur la personnalité de Jésus, une lumière inattendue et bienfaisante.


     Enfin démaquillé, le visage de Jésus m'est apparu infiniment attirant, fascinant, aimable en même temps que déroutant.

  
                                       M.B., 2009.

 

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Publié dans : OUVRAGES DE MICHEL BENOIT

 

                                                                              RÉCIT

 

 
    Arrêté en Inde lors d'une escale de transit, j'ai été jeté dans un cachot où j'ai passé neuf mois, au terme desquels j'ai été jugé, et déchargé d'accusations terribles : enlèvement, torture, esclavagisme, proxénétisme, viol et surtout complot criminel international - rien que ça !
            

                                

     J'ai découvert l'Inde profonde, celle qu'aucun touriste ne verra jamais. "Alors que je ne m'y attendais d'aucune façon, j'ai été projeté en plein milieu de ceux qui sont, peut-être, les nouveaux maîtres à vivre de notre siècle désorienté... Les plus pauvres parmi les pauvres, dont j'ai découvert - et bien malgré moi - l'extraordinaire dignité dans laquelle ils vivent debout - et bien malgré eux".

     "Il fallait sans doute que l'Inde me broie pour me faire renaître... Pendant quelques mois, l'Inde m'a fait faire une expérience que je n'oublierai jamais" Elle m'a enseigné "ce qu'elle enseigne dès leur naissance à ces pauvres qui ont eu le privilège de naître sur son sol, et que j'ai eu le privilège de côtoyer dans un lieu de désespérance"

 


      "Pour cela, ma Mère l'Inde, sois remerciée au-delà des mots"


     "Placé dans des conditions extrêmes, le salut d'un humain ne dépend d'aucun moyen matériel. Il dépend du mental, de sa force, de sa résistance"

 

           "Quand on sait cela, l'enfer n'existe plus"


        Un récit haletant, passionnant, soutenu par un suspense permanent.

                    M.B.

P.S. : Pour des raisons évidentes, mon éditeur m'a demandé que le volet judiciaire de ce récit soit rigoureusement conforme au dossier d'accusation de la Police Fédérale Indienne.

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Publié dans : LE CHRISTIANISME EN CRISE

    

     "Le processus est toujours le même", explique Élie Barnavi (Les religions meurtrières, Flammarion, 2006). Comme le judaïsme et l'islam, le christianisme est fondé sur un texte sacré, la Bible. Texte ancien, né dans une culture qui n'est plus la nôtre : il faut l'interpréter. A leur tour sacralisées, les interprétations s'empilent les unes sur les autres au cours des siècles. 
        La réforme, jugée un jour nécessaire, consisterait à revenir aux sources, aux fondamentaux.

    
      Quelles sources ? Mais (disent les réformateurs) le texte lui-même, débarrassé des couches successives d'emplâtres interprétatifs ! C'est ainsi qu'ont fonctionné toutes les tentatives de réforme du christianisme depuis le Moyen âge : redécouvrir la pureté du texte fondateur.
      Ré-forme : retrouver la forme primitive, l'Église primitive, une origine rêvée, purifiée de la poussière accumulée pendant des siècles (cliquez).

     Et c'est pourquoi aucune de ces réformes n'a pu aboutir. Car - on s'en aperçoit seulement depuis une cinquantaine d'années - l'Évangile lui-même est le produit d'une manipulation, non plus sur un texte, mais sur la mémoire d'un homme.    

          Revenir aux origines ? Si c'est à l'Évangile lu de manière fondamentaliste, ou à l'Église naissante décrite dans les Actes des Apôtres, c'est revenir à un texte qui comporte déjà des couches successives de réinterprétations, ou bien à une expérience idéalisée par l'auteur des Actes

     Rêver à une réforme par retour aux sources, c'est s'arrêter en chemin : car la source est déjà polluée, et gravement, par l'ambition politique, idéolgique et religieuse, de ceux qui ont mis la dernière main à l'écriture du texte "fondateur".

     On sait maintenant que les Évangiles ont été à la fois la mise par écrit d'une mémoire, et l'enjeu crucial d'une Église en train de se constituer grâce à eux. Le lecteur non-averti y reçoit en même temps l'écho du passage de Jésus en Palestine, et les éléments nécessaires à la création d'une imposture - la transformation d'un homme en dieu. Imposture indispensable à ceux qui avaient bien l'intention de bâtir, sur la mémoire faussée de Jésus, un empire religieux, idéologique et politique.


     Contrairement à nos prédecesseurs, nous avons maintenant les moyens de distinguer, dans les textes tels qu'ils nous sont parvenus, la personne et l'enseignement de Jésus lui-même de ce que les "fondateurs" ont eu l'intention de lui faire dire ou de lui faire faire, pour parvenir à leurs fins .

    

     Il ne s'agit pas de "réformer" le christianisme par un retour aux sources. Mais de décaper ces sources des couches de maquillage successif, à travers lesquelles elles nous sont présentées.

     Le Christ une fois démaquillé, Jésus apparaît peu à peu. Visage étonnamment moderne, suggestif, parlant, d'un maître de vie individuelle et sociale qu'on croit rencontrer pour la première fois. Un homme attirant, fascinant, aimable et aimant. Déroutant aussi, car il n'emprunte aucune des voies sécuritaires de nos religions. Un homme qui instaure l'insécurité en règle de vie, en moteur d'action.

    
      Pareil homme ne sera jamais populaire. Car les peuples aiment et plébiscitent ceux qui les flattent, les tranquillisent et les endorment. Jésus fait tout le contraire : il inquiète, il réveille et il dit vrai.

     Aucune Église ne peut être construite là-dessus.

 
    Jésus le solitaire semble ne devoir être connu et aimé que par des solitaires.

                    
                         M.B.
, 4 janvier 2007

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Publié dans : CRISE DE L'OCCIDENT

     En 1996, Samuel P. Huntington publiait Le choc des civilisations. Il analysait la confrontation entre "L'Occident et le reste du monde", la civilisation occidentale est les autres. Il montrait qu'un choc était inévitable, et serait ravageur, entre ces deux entités : l'une cernable et définie (l'Occident), l'autre floue et mouvante (le reste du monde).

     L'analyse de Huntington ne prenait pas (ou pas suffisamment) en compte un phénomène majeur, bien exprimé par Élie Barnavi (Les religions meurtrières, Flammarion, 2006 : cliquez) : "Vous croyiez Dieu mort et enterré, ou du moins définitivement chassé de l'espace public... Vous découvrez, effaré, qu'Il revient en force, et avec quel éclat" (p. 9)


     Le retour de Dieu (ou plutôt des religions, car "Dieu" n'est pas plus présent qu'autrefois) est un phénomène nouveau, inattendu, et qui change tout. Nous découvrons que nous nous sommes trompés pendant plus d'un siècle : Dieu n'est pas mort, comme le proclamait Nietzche. Il y a bien un choc, mais c'est un choc entre religions. Comme il en a été pendant des siècles, en fait depuis que l'homme existe en sociétés.


     Pourquoi n'avons-nous pas su analyser et comprendre  ce qui nous arrive ? Parce que l'Europe s'était habituée, depuis le IV° siècle, à habiter l'intérieur d'une civilisation fondée, enracinée dans le christianisme, totalement façonnée par lui. Pour le meilleur comme pour le pire, l'Europe a été chrétienne, officiellement, depuis l'an 380 - date à laquelle l'empereur Théodose décrèta le christianisme religion officielle (et unique religion) de l'Empire romain.

     Cela a duré, inchangé, pendant 17 siècles. Et puis, en 2004, pour la première fois de son histoire, l'Europe déclare officiellement qu'elle ne reconnaît plus son identité dans le christianisme : le projet de Constitution Européenne ne comporte aucune référence chrétienne, malgré la baroud d'honneur mené par 3 pays sur 25 (l'Italie poussée par le Vatican, l'Espagne, la Pologne). L'Europe se définit comme un ensemble de sociétés marchandes, sans socle identitaire commun : ce qui ne suffit pas à faire une civilisation.


     Nous ne vivons donc pas un  "choc des civilisations", entre eux et nous : mais la confrontation entre une civilisation (le Tiers-monde, emmené par l'islam) et une non-civilisation, l'Europe. Laquelle ne représente plus une force capable de s'opposer pour exister, mais un ventre mou que pénètre, avec une extraordinaire facilité, l'islam sous toutes ses formes.

     L'Allemagne, vieille nation chrétienne, vient de prendre la présidence de l'Europe. Elle ne présidera rien, puisque l'Europe ne lutte pas à armes égales contre la civilisation, forte et sûre d'elle-même, qui lui fait face.


                        M.B., janvier 2007    

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Michel Benoît



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