Publié dans : LE CHRISTIANISME EN CRISE


          Il y a 50 ans, le pape Jean XXIII décrétait l'ouverture d'un concile œcuménique. La nouvelle parût sensationnelle, et elle l'était : on sentait bien que l'Église catholique, encore triomphante, était déconnectée de la marche du monde.
          A l'ouverture de la 2° session, le tout nouveau pape Paul VI décréta que ce Concile serait exclusivement pastoral. C'est-à-dire qu'il laisserait de côté les questions dogmatiques fondamentales : la résurrection, l'incarnation.
          Depuis, il n'est plus question que de l'accessoire : mariage des prêtres, ordination des femmes, contraception, messe en latin, intégristes ou non, préservatif ou non... 
         
          On s'indigne des propos du dernier pape : il ne fait pourtant que répéter ses prédécesseurs, avec le talent médiatique en moins. Le vernis du bol est plus terne, la soupe est toujours la même.
          S'inquiéter des déclarations de l'homme en blanc, c'est perdre son temps.

Il faut aller au fond du malaise : la question de la résurrection. J'en ai déjà parlé dans ce blog (1  2  3  cliquez) : revenons-y, puisque Pâques c'était hier.


          Ce qui différencie l'être humain des animaux, c'est qu'il est hanté par la perspective de sa mort. Qu'y a-t-il, après ? S'il n'y a rien, à quoi bon s'embarrasser de conduites morales contraignantes ? Jouissons vite, le plus possible, la vie est si courte ! Mais s'il y a quelque chose, cela ne peut être que le bonheur éternel : alors, qui possède la clef de ce paradis ?
          La Bible a choisi de décrire notre parcours comme quelque chose d'unique, qui ne se produit qu'une fois. Avant la naissance, il n'y a rien. Après la mort, il y a quelque chose de très vague (le Shéol) qui durera jusqu'à la résurrection finale, au dernier jour.
          Cette résurrection, ce n'est pas une nouvelle naissance mais une seconde création comparable à la première. Nous ne reviendrons pas à la vie, nous serons re-créés, mais cette fois-ci sans l'aiguillon du Mal. Ce sera le bonheur éternel.

          La chrétienté aurait pu choisir de s'appuyer sur la pensée de Platon, qui professait la métempsychose. Elle a préféré relire la Bible et Paul de Tarse à la lumière d'Aristote : la mort est la fin de tout ce que nous sommes. Mourir, c'est cesser d'être, désastre absolu.    
          Mais Dieu nous a envoyé un bon génie : le Christ, en ressuscitant 36 heures après sa mort, par sa souffrance anéantit la mort. Nous autres, en nous identifiant à sa souffrance, en mourant à nous-mêmes dans cette vie-ci, nous pourrons bénéficier de sa résurrection.   
          Mourons aujourd'hui, afin de vivre demain.

          L'angoisse de la mort imprègne les lettres de Paul. Et la hantise de la souffrance alimente sa névrose : "Souffrons, dit-il, par nos souffrances nous complétons ce qui manquait à la souffrance du Christ". La souffrance est bonne, appétissante, souhaitable, puisqu'elle garantit la résurrection : le bonheur, après.
          Abominable impasse, qui a justifié des siècles de tourments individuels impossibles à dénombrer, de crimes collectifs difficiles à oublier.


          Sous d'autres cieux, l'autre moitié de l'humanité a compris les choses tout autrement. La souffrance (dit l'indien Siddartha Gautama) est un mal absolu. Il faut tout faire pour l'éviter, et c'est possible.
          Quant à la mort, elle n'existe pas, elle n'est qu'un moment de la vie : rien ne disparaît, tout se transforme. Nous ne mourons pas : nous renaissons, si c'est encore nécessaire, pour purifier en nous les racines du Mal.
          Et quand ces racines (le désir multiforme) sont enfin éteintes en nous, nous vivons toujours, mais dans un autre espace-temps que celui-ci. Sans pouvoir le décrire, puisque nous n'avons pas les mots pour cela, mais avec une certitude : cette forme de vie est sans souffrance, c'est donc un bonheur. Éternel, puisque la lutte entre le Bien et le Mal n'a plus lieu d'être, ses racines ayant été extirpées au plus profond de nous-mêmes.


          La résurrection n'est nécessaire que si la mort mettait un point final à nos vies.
          La hantise, la peur de la mort a toujours taraudé les chrétiens. Comme la crucifixion de Jésus, la mort est précédée pour eux des flagellations infinies de la souffrance. Dans cette vallée, nous ne pouvons que verser des larmes : elles sont rédemptrices, donc bonnes.
            Notre hantise de la mort s'est transformée en fascination pour la mort, vieux capitaine qui commande à nos vies.


          Dans son bref parcours, Jésus a montré une détestation absolue pour la souffrance et la mort. S'il a choisi d'aller affronter le haut clergé juif à Jérusalem, sachant qu'il y laisserait la vie, ce n'était pas une démarche morbide ou suicidaire : mais parce qu'il voulait s'inscrire jusqu'ou bout dans la lignée des prophètes du judaïsme, qui ont tous souffert ou sont morts pour leur message prophétique.

          Ni lui, ni aucun juif de son entourage ne pouvait imaginer qu'il ressusciterait quelques heures après sa mort. Il a donné sa vie comme une dernière parole, qui authentifiait toutes celles qu'il avait prononcées.
          Après avoir quitté sa famille, ses affections, s'être éloigné de sa religion, n'étant plus rien il a lâché totalement prise. Comme beaucoup d'autres avant lui, comme d'autres après lui, il a éteint en lui les racines du désir d'être.
           Et à l'instant de sa mort, au lieu d'avoir à renaître il a continué de vivre, dans un autre espace-temps.

          Inutile résurrection. Nécessaire seulement quand on reste soumis intérieurement à la dictature du désir d'être.
          Dangereuse résurrection, qui donne à la mort une consistance qu'elle n'a pas. Qui transforme nos angoisses morbides en réalité.


          Au lieu de nous étouffer dans les préservatifs de sa vision courte des choses, le pape pourrait utiliser le crédit qui lui reste pour nous parler de l'unique vie, la nôtre, qui ne connaît que des transformations successives. Nous rappeler que le premier enseignement de Jésus fut dans ses choix de vie, éclairés par quelques paroles de feu.


          J'attends avec impatience le moment où l'indignation devant tant de médiocrité indéfiniment répétées, se transformera en un mouvement vers l'authentique Jésus.
          Mouvement de libération, et de marche en avant.


                                                             M.B., Pâques 2009


P.S. : Très pris par la mise au point de mon travail sur le quatrième évangile (Le récit du 13° apôtre), je demande votre indulgence pour ce "propos intempestif" fort rapide.

 

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Michel Benoît



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