Publié dans : L'ISLAM EN QUESTIONS

          Un hebdomadaire français satirique, Charlie Hebdo, a été incendié récemment. Il avait modifié son titre en Charia Hebdo, et affiché sur sa « Une » le portrait stylisé du Prophète.

          Pourquoi ce geste, fait pour détruire et peut-être pour tuer ?

          Selon l’habitude de ce blog, pour comprendre je vous invite à prendre du recul.

 

          Au début du VIII° siècle de notre ère apparût en Arabie un livre, écrit dans une langue d’une grande beauté : le Coran.

          Pareils chefs d’œuvre sont toujours l'aboutissement d'une lente maturation de la langue, des idées, de l'écriture elle-même. Or, fait unique dans l'histoire de la littérature, celui-là n'avait aucun antécédent arabe.

          Les musulmans considérèrent donc son apparition comme miraculeuse : "Le Coran… a été transmis au Prophète, instrument passif de la Révélation, tel qu'il est conservé au ciel, de toute éternité, sur la Table gardée. Selon la tradition la plus constante,… il constitue en lui-même un miracle." (1)

          L'auteur de ce miracle ne pouvait être que Dieu lui-même. La légende se répandit qu’un arabe, prophète et illettré, avait fidèlement répété ce que Dieu lui dictait au cours de ses visions.

 

          Il manquait à l’islam le héros sans lequel aucun grand mythe ne peut voir le jour : une biographie, qui soit à la hauteur de son visionnaire.

          Il faudra attendre cent trente ans pour voir apparaître une « vie du fondateur de l'Islam qui se présente en une suite chronologiquement ordonnée » (2), celle d'Ibn Ishâq (704-768). L’auteur aurait puisé sa matière dans des compilations de traditions orales provenant des compagnons du prophète :

     - les Hadîths rapportant ses paroles

     - et la Sîra décrivant ses faits et gestes.

           Un siècle plus tard, Ibn Hichâm (mort en 834) prit connaissance du texte d’Ibn Ishâq avant qu’il ne disparaisse, et s’en inspira pour écrire la première biographie complète du fondateur de l’islam.

 

          Deux siècles séparent donc cette biographie des événements qu’elle raconte. Puis les Vies du Prophète s'enchaînent à un rythme soutenu, toutes calquées - jusqu'à nos jours - sur celle d'Ibn Hichâm.

 

          Hadîths et Sîra se développèrent au sein de la Sunna, qui devint après le texte sacré la seconde autorité législative de l’islam, donnant naissance à la Charia.

 

Arrêtez de charrier !

 

          Il n’existe pas de texte de référence de la Charia, un code écrit comparable au Code Napoléon ou au Code de Droit Canonique de l’Église catholique.

          La Charia n’est consignée nulle part : c’est un ensemble de jurisprudences, qui se sont imposées au fil des siècles et sont considérées d’origine divine.

 

Deux exemples :

 

1- les juifs punissaient l’adultère par la lapidation publique (3). Le Coran abolit cette loi : en cas d’adultère, la femme sera punie de cent coups de fouets, ce qui cicatrise quand même plus facilement qu’un crâne écrasé sous les pierres.

 

2- Le Coran ne dit nulle part que les femmes musulmanes doivent être voilées, mais seulement que les femmes du Prophète devront être couvertes jusqu’en bas. Ầ cette époque, les bédouines travaillaient vêtues d’un simple pagne : prescrire aux femmes du chef de l’État de ne pas montrer leurs cuisses en public était somme toute raisonnable.

 

          C’est la Charia qui a réintroduit la lapidation de la femme adultère, rendu obligatoire le port du voile intégral, et prescrit bien d’autres règles dont il n’y a pas trace dans le Coran.    

          Quand, où, qui ? Ce n’est pas notre sujet.

 

          Empilées les unes sur les autres, les pratiques médiévales de la Charia sont mises en œuvre différemment selon les pays : il existe une application modérée de la Charia (« Je prends ceci, je laisse cela »), et des applications rigoureuses ou fondamentalistes (« Je choisis le plus sévère »).

 

          Chaque dictature islamiste est libre de charrier à sa guise.

 

Le Prophète sans visage

 

          Mais ce n’est pas pour son titre que Charia Hebdo a été détruit : c’est pour avoir montré, d’un trait de plume incisif, le visage du Prophète à sa « Une », et donc visible dans tous les halls de gare.

 

          Rappelez-vous la querelle des iconoclastes dans l’empire Byzantin : le Christ, abstraction forgée à partir de s. Paul, est le socle du christianisme. Donc on ne devait pas montrer le visage de Jésus, dont l’humanité aurait pu remettre en question l’édifice dogmatique chrétien.

 

          Le Coran est matériellement la parole de Dieu. L’humanité de son Prophète, forgée tardivement comme on l’a vu, doit disparaître devant le message qu’il a reçu. Montrer le visage de Muhammad, c’est ramener les musulmans aux origines historiques de leur légende fondatrice et risquer de la voir se fissurer.

 

          L’incendie d’un hebdomadaire français rappelle à tous que le dogme musulman est intouchable. Symboliquement, il remplace les bûchers de l’Inquisition, flammes pour flammes.

         

          On n’est pas sortis de l’auberge.

                             

                                                       M.B., 9 décembre 2011

 

(1) Denise Masson, Le Coran, Introduction, Paris, Pléiade, 1967, p. XVII.

(2) Régis Blachère, Le problème de Mahomet. Essai de biographie critique du fondateur de l'Islam, Paris, P.U.F., 1952, p. 5.

(3) Voyez dans l’Évangile dit selon s. Jean l’épisode de la femme adultère, que Jésus sauve de la mort par lapidation.

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Commentaires

J'ai cru comprendre que certains

http://www.come4news.com/de-lexegese-scientifique-du-coran,-par-frere-bruno-bonnet-eymard-459842

critiquaient la base de son raisionnement : pas d'arabe écrit avant  le premier Coran écrit

 

Patience le Printemps c'est bientôt   

 

Vous ne pouvez vraiment pas  nous faire un résumé du résumé en UNE page : qui était probablement Mohamed (puisque Mahomet, serait péjoratif) ?

Merci.

Commentaire n°1 posté par Jean-marie le 04/03/2012 à 18h10

Je n'aime pas beaucoup résumer des années de recherche sur des questions délicates en 20 lignes ! C'est pourquoi je ne touitte pas : interdiction de penser en plus de 140 signes... Mon chien en utilise plus pour se faire comprendre !

Il est vrai qu'il n'a que de la tendresse à transmettre.

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 05/03/2012 à 09h09

Que vous arrive-t-il? 

Je travaille à un livre sur "le Coran et son auteur", pour lequel j'ai du mal à trouver un éditeur (et pour cause !). 

Je le sais   ET POUR CAUSE

Un petit effort SVP : UNE page seulement

 

PS. Evidemment que ce frère Bruno est très paradoxal : il ouvre les yeux sur une religion, mais il est totalement  aveugle sur la vacuité de la sienne.

Commentaire n°2 posté par jean-marie le 03/03/2012 à 15h25

Oui, mais BBE fait une étude linguistique passionante du Coran. A condition de le lire avec recul (trufé de commentaires tendencieux), c'est remarquable et incontournable.

Ce qui m'arrive ? Un peu de découragement peut-être, le creux de l'hiver ?

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 04/03/2012 à 17h57

Si ça peut vous être utile, j'ai trouvé  des commentaires apparemment intéressants sous ce lien

http://www.come4news.com/de-lexegese-scientifique-du-coran,-par-frere-bruno-bonnet-eymard-459842

Faut-il croire le frère Bruno ?

Mahomet n'aurait donc pas existé ?

Commentaire n°3 posté par Jean-Marie le 29/02/2012 à 19h04

Le frère Bonnet-Eymard est un phénomène complexe. J'ai lu et travaillé ses livres sur les 5 premières sourates du Coran, je suis même allé le voir dans sa communauté intégriste (il ne m' pas reçu). Je travaille à un livre sur "le Coran et son auteur", pour lequel j'ai du mal à trouver un éditeur (et pour cause !). Difficile de vous répondre ici, il faudrait des dizaines de pages !

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 03/03/2012 à 11h35

Trouvez l'éditeur c'est déjà pas évident, vu le sujet ultra-explosif ; mais encore faut-il après que les diffuseurs veuillent diffuser.

Remarquez que votre mort violente après une fatwa les déciderait peut-être

Ca serait peut-être moins « juteux » pour vous, l'auteur multi-édité en x langues, mais l'édition sur Internet contre une participation financière du lecteur intéressé serait une solution, mais qui n'éviterait pas la fatwa pour lui aussi. Voir les Editions de la Demi-Lune peut-être, entre autres.

Il vous reste la possibilité d'être votre propre éditeur sur Internet. Si votre testament est fait …. Y compris en sollicitant un don ou en inventant un accés sur frappe d'un code qui changerait tous les jours contre un chèque adressé par la poste à défaut d'un coûteux système paypal.

Ceci dit je crois très sérieusement surtout si vous ne mêlez pas trop vos amis Siddharta et Jésus à l'affaire, que vous feriez œuvre d'intérêt planétaire.

Et je me répète , je suis sérieux. Mourrai-je avant ce grand jour ?

Toutes les religions doivent être démythifiées au profit d'une spiritualité théiste indépendante non asservissante.   

Commentaire n°4 posté par Jean-Marie le 14/02/2012 à 20h44

La mort ne me fait pas peur, parce que je suis en parfaite santé. De même que l'obscurité ne fait pas peur aux bien-voyants.

Plutôt que de chercher un éditeur, je songe à re-écrire ce texte sous forme d'essai. C'est la forme romancée qui ne "fonctionne" pas, semble-t-il. Du travail en perspective...

Merci de vos conseils, que j'entends d'une oreille attentive (et encore vivante !)

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 15/02/2012 à 09h34

J'accepte votre proposition avec plaisir: henry.corre@orange.fr.

Pour votre ouvrage, avez-vous consuté les Editions du Rocher?

HC

Commentaire n°5 posté par Henry CORRE le 10/02/2012 à 10h01

Bonjour Michel,

Avez-vous lu le "Coran" de Bruno Bonnet-Eymard en 3 tomes ? "Exégèse scientifique du Coran" ? 

Si oui, votre opinion est la bienvenue. 

Amicalement 

HC

Commentaire n°6 posté par Henry CORRE le 09/02/2012 à 15h12

Bien sûr ! Non seulement je l'ai lu la plume à la main, et relu plusieurs fois. Mais je suis allé frapper à la porte de sa "maison religieuse" (des intégristes) : il a refusé de me recevoir.

Mon opinion se trouve dans la postface du texte sur le Coran pour lequel je cherche, toujours en vain pour l'instant, un éditeur. Voulez-vous que je vous envoie cette postface par imèl ? Alors, il me faudrait avoir votre adresse électronique. M.B.

Réponse de Michel Benoit le 10/02/2012 à 09h43

L'idéal serait que mon livre (un roman historique qui traite exactement de cette question) soit publié.

 

Voilà un scoop

Pour l'instant, 2 éditeurs (dont le mien) l'ont refusé

Je comprends que ce soit explosif 

Vosu risquez cent fatwas au moins

Et pourtant ça rendrait service

Vosu ne pouvez pas compter sur Lenoir; son numério spécial Islam était hyper prudent

Je patienterai ;-(    Bonne chance

Pour Aicha : je l'ai lu et pas dans Charlie -Hebdo, mais je n'ai aps enregistré la référence

La version officielle  : c'est pour  leur rendre service et les protéger que le Prophète épousait ces veuves

Mais avec la femme de son neveu, ça ne tient pas.  

 


Commentaire n°7 posté par Jean-Marie le 10/12/2011 à 18h28

Frédéric Lenoir a un job et un public, dont il vit : on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis.

Dommage pour Aïcha : je ne peux citer que si j'ai une référence contrôlable.

Merci ! M.B.

Réponse de Michel Benoit le 12/12/2011 à 10h48

Quel est pour vous, SVP, le meilleur livre francophone  pas trop gros pas trop cher qui nous  permet de nous faire une opinion définitive

- sur les sources du Coran (plsu solides que le soi-disant Djibril*)

- sur la vie réelle de Muhamad 

Comment Allah aurait-il pu choisir comme messager, quelqu'un qui a, sinon tué lui-même, au moins ordonné de tuer

* A propos de ce Djibril, j'ai surtout retenu la phrase de cette futée  d'Aïcha (authentique ?) : "C'est pratique, chaque fois  que  tu veux une nouvelle femme, Djibril te donne sa bénédiction"  

Commentaire n°8 posté par Jean-Marie le 09/12/2011 à 17h03

Hélas, les ouvrages que j'ai pu consulter sont peu nombreux. Certains sont introuvables, celui de J. M. Gallez est en 2 tomes, très spécialisé et ... cher.

L'idéal serait que mon livre (un roman historique qui traite exactement de cette question) soit publié. Pour l'instant, 2 éditeurs (dont le mien) l'ont refusé. Trop explosif ? Sans doute, ils ne motivent pas leur refus. Mais je suis têtu, et ce livre sera publié Inch'Allah. Pouvez-vous attendre ?

Et pouvez-vous me donner la référence de ce Hadith attribué à Aîcha ? Il figurerait bien en note de mon bouquin !

Merci, amicalement. M.B.

Réponse de Michel Benoit le 10/12/2011 à 18h13

Bonjour Michel

En réalité, les textes condamnent l'idolâtrie, le fait d'ériger des statues de divinités à adorer qui rivaliseraient avec Dieu, comme dans les religions polythéistes. A la naissance de la religion musulmane, la destruction des idoles est même instituée. Au gré des évolutions des différentes écoles théologiques, cette loi s’est parfois durcie, parfois assouplie. Pour éviter un retour à l’idolâtrie, on est allé jusqu'à interdire n’importe quelle image représentant un objet, un animal ou un humain, au motif que seul Dieu peut créer. Au contraire, on retrouve des représentations figurées de Mahomet et de sa famille notamment dans les mondes iranien, turc et indien.

« Golgotha Picnic » et « Piss Christ » ont engendré des réactions similaires chez certains catholiques, leur définition de la christianophobie (notamment celle de Fabrice Hadjadj) me laisse perplexe :

- La christianophobie est légitime quand elle vient d'un bon-chrétien.

- Si la christianophobie s'exprime par la figure du Crucifié, dois-je décrocher de mon mur cette image qui représente «le supplice des malfaiteurs»?

- Si le christianisme est victime d'une phobie spéciale, c'est parce qu'il dérange jusqu'à inquiéter. On ne peut donc éprouver de phobie devant la christianophobie car cette dernière ratifie l'amour que l'Église porte jusqu'à ses ennemis d'aujourd'hui qui seront ses amis de demain.

- Au demeurant, la christianophobie renforce l'Église: le pape Léon le Grand ne prêchait-il pas au Ve siècle que «l'Église n'est pas diminuée mais agrandie par les persécutions qu'elle subit»?

amicalement

HC

Commentaire n°9 posté par Henry CORRE le 09/12/2011 à 14h05

Merci de ces précisions. En effet, on trouve des représentations du Prophète en Iran, Turquie et Inde : mais pas dans le monde arabe, Hidjaz et dépendances !

Christianophobie : certes elle existe, et depuis longtemps (Pline (je crois ?) : "Les chrétiens, ennemis du genre humain"). Elle m'est totalement étrangère. Le christianisme est une splendide construction de l'esprit humain, que j'admire. Le problème, c'est que plus personne ne visite ce monument, sauf en touriste. D'où mon travail : revenir au Jésus de l'Histoire..

Amicalement, M.B.

P.S. : Chez moi, je n'ai pas de crucifix, mais une icône du visage de mon ami.

Réponse de Michel Benoit le 09/12/2011 à 14h50

Michel Benoît



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