Publié dans : CRISE DE L'OCCIDENT

          Toujours soucieux de nous divertir, nos politiciens professionnels nous ont offert récemment une séance de cirque.

          Faute de panem, du circenses (1).

          L’attraction du jour était le mot « civilisations » - au pluriel, car il s’agissait de savoir laquelle l’emporterait sur les autres.

          Revêtues de paillettes, les Lumières et le nazisme furent donc lâchés sur la piste au seul profit du spectacle. Faut-il se hasarder dans cette foire ? Ce sera pour poser deux questions :

 

          1- Ầ quoi reconnaît-on une civilisation ?

          2- Comment peut-on la juger, et donc la placer avant - ou après - d’autres civilisations ?

 

I. COMMENT (re)CONNAÎTRE UNE CIVILISATION ?

 

          Voilà le genre de question qu’affectionnent les français, grands amateurs d’idées générales planant dans le ciel des idéologies. Revenons sur terre.

 

1- Une civilisation laisse des traces.

 

          Deux sortes de traces survivent à l'usure du temps : les objets & monuments, et les textes.

 

-a- Des objets et des monuments : Ils témoignent d’une grandeur passée, mais ne parlent pas d’eux-mêmes.

          Exemple : au 19° siècle, on découvre entre le Mexique et l’Amérique centrale des vestiges considérables de la civilisation Maya : pyramides, restes de cités englouties dans la forêt vierge… On devine qu’il y a eu là une immense civilisation, mais personne n’en peut rien dire faute de textes. C’est tout récemment qu’un patient travail a permis de déchiffrer les glyphes mayas, écriture complexe gravée sur les monuments. Le travail de lecture est en cours : il permettra de donner son visage et sa voix à cette civilisation, jusque-là muette.

 

          Pour les Celtes, c’est à désespérer : les magnifiques objets découverts dans leurs tombes ne sont accompagnés d’aucun texte. Civilisation ? Certainement, mais comment l’apprécier ou la comparer à d’autres ?

 

          -b- Des textes sont donc indispensables pour connaître une civilisation. Ầ condition d’en comprendre le sens, pour les confronter à ses autres traces, puis aux civilisations voisines dans le temps et dans l’espace.

         Mais les textes ne font pas que témoigner d’une civilisation.

 

2- Les textes fondent une civilisation

 

          Une civilisation se développe à partir d’un ou plusieurs textes fondateurs.

          Exemples : la conquête arabe foudroyante du bassin méditerranéen, entre la fin du VII° et le milieu du VIII° siècle, aurait pu n’être qu’une série de razzias réussies. Les armées arabes conquérantes se transforment en civilisation musulmane conquérante dès lors qu’apparaît un texte, le Coran.

          De même, le christianisme ne pourra naître que lorsqu’il disposera d’abord des lettres de Paul de Tarse (écrites entre l’an 50 et 62), puis des Évangiles (mis par écrit un peu avant l’an 70 et jusqu’en l’an 100).

 

          Pas de civilisation sans texte fondateur, qui lui sert à la fois de référence identitaire et de centre de ralliement des masses populaires.

 

3- Les civilisations écrivent leurs textes fondateurs

 

          C’est vrai du christianisme : la personne de Jésus va être utilisée pour inventer une nouvelle religion, qui trahit en partie son message originel et totalement sa personne.

          Vrai aussi de l’islam : à partir du début du VIII° siècle, les Hadîths et la Sîra (cliquez) vont inventer un personnage, Muhammad, à partir d’un chef de guerre dont on sait finalement peu de choses. Dans ce cas, il est plus difficile d’apprécier comment et jusqu’où son message originel a été déformé par l’islam.

          Vrai du bouddhisme : l’enseignement de Siddhârta n’a pu devenir civilisation qu’en évoluant vers une forme de religion cultuelle qu’il avait justement eu pour intention de supprimer.

 

          Un texte fonde une civilisation quand un courant de pensée manifeste sa volonté de pouvoir en l’écrivant.

          Disons-le autrement : les textes fondent les civilisations, mais les civilisations se fondent elles-mêmes en écrivant des textes qui gauchissent ou trahissent l’intention du fondateur présumé.

 

II. LE DÉCLIN DES CIVILISATIONS

 

          On sait que les causes de ce déclin sont multiples, économiques, climatiques, technologiques… Mais on oublie toujours de mentionner une cause essentielle, peut-être sous-jacente à toutes les autres : l’éloignement du texte fondateur, et l’oubli de la personnalité du fondateur présumé.

 

1- La perte du sens

 

          Le texte fondateur peut perdre son sens, parce qu’il n’est plus compris.

          Pour la chrétienté, ce fut le cas de l’Ancien Testament : elle le traita longtemps comme le vestige d’un passé qu’elle reniait avec acharnement.

          C’est en partie le cas du Coran, écrit dans un arabe archaïque que très peu d’érudits peuvent comprendre, souvent en désaccord entre eux sur son sens premier.

 

2- La manipulation du sens

 

          La perte du sens originel d’un texte s’accompagne toujours de sa manipulation, c’est-à-dire son interprétation abusive.

          C’est flagrant pour le christianisme, qui transforma très rapidement (2) un rabbi galiléen charismatique en Messie d’abord, puis en Dieu.

          C’est vrai aussi pour l’islam, qui transforma un hypothétique chamelier inculte en fidèle réceptacle de la parole divine.

 

          Cette manipulation du texte s’accompagne évidemment d’une transformation de l’image du fondateur présumé de la religion. Siddhârta devient l’obèse souriant qu’encensent les foules, Jésus devient le fils de Dieu, Muhammad le secrétaire et propagateur d’une parole qui ne vient pas de lui.

 

3- Les civilisations prisonnières de leurs textes fondateurs

 

          Une fois commencé le processus de manipulation du texte (et de son auteur réinventé pour les besoins de la cause), ce processus ne peut plus s’arrêter.

          Une civilisation s’est constituée sur l’interprétation qu’elle a elle-même secrétée (3) : revenir en arrière – avouer qu’elle a manipulé son texte fondateur en l’écrivant – ce serait pour elle commettre un suicide, et disparaître.

 

          C’est pourquoi il est illusoire de songer à une réforme en profondeur du christianisme et de l’islam. Mises depuis si longtemps en place sur des rails qui s’écartent les uns des autres, ces deux religions ne peuvent ni revenir à leur point de départ, ni s’entendre autrement que par des compromis en trompe l’œil.

          Et les deux civilisations qu’elles ont engendrées ne peuvent que se regarder avec une hostilité plus ou moins déclarée.

 

III. COMPARER LES CIVILISATIONS ?

 

          Pour comparer des civilisations sans jeter de la poudre aux yeux des foules, il faudrait donc

 

1°- Revenir, non pas aux textes fondateurs, mais d’abord aux fondateurs présumés eux-mêmes (la personne historique de Jésus et de Muhammad), pour discerner quelles furent leurs intentions originelles, dans le contexte qui fut le leur.

          En ce qui concerne Jésus, c'est le sens de tout mon travail (cliquez).

 

2° Reconnaître comment, et à quel point les textes fondateurs eux-mêmes (les Évangiles, le Coran) portent l’empreinte des manipulations des fondateurs de civilisations qui se réclament d’eux.

 

          Alors, peut-être, pourrait-on établir des comparaisons.

          Ầ titre d’exemple : montrer que le judaïsme du I° siècle, tout comme l’Ancien Testament, n’était pas exempt de violence et d’appels à la violence. Mais que l’herméneutique chrétienne a permis (récemment il est vrai) de faire le tri entre ces appels à la violence et le meilleur de l’enseignement des prophètes.

          Et comment Jésus lui-même s’est singularisé de son vivant par le refus de cette violence – ce qui lui a valu d’être livré aux romains (cliquez).

 

          Ou bien, montrer comment l’auteur du Coran s’est d’abord converti au judaïsme rabbinique de son époque, avant de devenir chef de guerre. Retenant, et même accentuant, la violence messianique de ce judaïsme exalté – sans cesser pourtant d’être séduit par la beauté abrupte d’un Dieu aussi magnifique dans son éloignement que le désert d’Arabie dans son dénuement.

 

           Alors seulement, on pourra comparer les deux civilisations nées du christianisme et de l'islam (4) en connaissance de cause.

 

          Pour cela, il faudrait sortir du cirque et revenir paisiblement à des vérités objectives.

 

          Mais les paillettes du cirque offrent plus d’attrait (et de facilité) que le travail austère de la réflexion.

 

                                                   M.B., 14 février 2012

 

(1) Au déclin de l’Empire romain, le peuple exigeait « du pain et les jeux du cirque » (panem et circenses) comme condition pour ne pas descendre dans la rue et flanquer les politiciens dehors.

 

(2) On attribue habituellement cette transformation à Paul de Tarse, dans les années 50. En fait, j’ai montré que son origine remonte à beaucoup plus tôt, quelques semaines après la mort de Jésus et dans son entourage. Voyez Dieu malgré lui et Jésus et ses héritiers.

 

(3) En 381 pour le christianisme, vers le milieu du VIII° siècle pour l’islam. Soit respectivement 350 ans après la mort du « fondateur » pour l’un, et tout juste un siècle pour l’autre.

 

(4) Car c'est bien de cela, n'est-ce pas, qu'il s'agissait ?

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Commentaires

Une civilisation s’est constituée sur l’interprétation qu’elle a elle-même secrétée (3) : revenir en arrière – avouer qu’elle a manipulé son texte fondateur en l’écrivant – ce serait pour elle commettre un suicide, et disparaître. C’est pourquoi il est illusoire de songer à une réforme en profondeur du christianisme et de l’islam. Michel Benoît Réflexion très intéressante . Merci ! La Réforme protestante a toutefois fait un pas en avant .Les Eglises devraient être en réforme permanente ...
Commentaire n°1 posté par Olivier le 04/03/2012 à 16h23

La Réforme n'a été que disciplinaire et sacramentelle. Ni Luther, ni Calvin qui laisse brûler Michel Servet, n'ont songé à une relecture des fondements dogmatiques du christianisme.

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 04/03/2012 à 17h59

merci , j'ai la réponse page 183 !

Commentaire n°2 posté par peter le 26/02/2012 à 16h15

j'ai une question sur l'épisode de la femme adultère (et aussi et surtout sur la lapidation d'Etienne): à  cette époque les juifs n'avaient pas le droit de mettre à mort un des leurs sans en référer à l'autorité romaine seule habilité a exécuter la sentence. Alors comment ces épisodes ont-ils pu être envisagés dans le récit? A l'insu des romains présent partout à Jérusalem,bizarre? Je rejoins jean-pierre sur la réponse introspective de Jésus aux lapidateurs, c'est la réponse d'un juif hellénisé c'est àdire un juif à 100% mais à la marge, à la frontière.

Je viens de voir que Didier Long vient de sortir "l'invention du Christianisme, quand Jésus devient Dieu". Cela aménera peut être de nouveaux commentaires.

Commentaire n°3 posté par peter le 25/02/2012 à 22h14

Vous devriez lire "Dans le silence des oliviers" : vous y trouveriez réponse à votre question, et aussi à  qques autres.

J'ai rencontré Didier Long autour du micro de "Fréquence Protestante" le 25 décembre dernier. Nous sommes totalement sur la même longueur d'onde, sauf que cet ancien bénédictin (comme moi) se considère maintenant comme un "juif maranne". Drôle d'idée, mais logique imperturbable.

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 26/02/2012 à 14h57

Meci. Comme remaniement ecclésial, il est plutôt misclé ! Une idée sur l'époque, et le but des auteurs ?

Les deux scènes pour moi les plus novatrices des evangiles sobnt d'une part la femme adultère, d'autre part le "Ni à Jérusalem ni au mont Garizim, mais en esprit et en vérité" de la Samaritaine au puits de Jacob. Que j'ai tendance à interpréter contre tout dogmatisme,voire tout rituel et toute église, au profit d'une spiritualité individuelle ? J'ai trouvé peu de commentaires, et pour cause ?

Commentaire n°4 posté par jean-pierre castel le 25/02/2012 à 18h20

Mais quand il en existe, vous ne les lisez pas ! Par exemple, "Dans le silence des oliviers", d'un auteur posthume...

Réponse de Michel Benoit le 26/02/2012 à 14h53

Merci. Je passe à une autre question. Je découvre Luc 19, 27 "Au reste, amenez ici mes ennemis qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, et égorgez-les en ma présence." Que fait-il en penser???

Commentaire n°5 posté par jean-pierre castel le 24/02/2012 à 17h35

Je m'abrite derrière le commentaire de la TOB : "Cette parabole correspond à celle des talents chez Mt et doit provenir de la même source. Mais Lc l'a profondément modifiée, [notamment] en y mêlant divers traits royaux empruntés à l'histoire d'Archélaüs, enfin en la traitant de façon fortement allégorique"

Donc, remaniements ecclésiastiques. Conclusion (je me répète !) : ne jamais plaquer nos sensibilités actuelles sur un texte ancien, mais prendre connaissance de l'histoire de sa rédaction pour en juger. C'est le travail des exégètes.

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 25/02/2012 à 09h03

Pas d'accord! "Cet homme c'est toi" (Natan, pas Samuel) n'a pas grand chose avec à voir avec l'introspection silencieuse, anonyme à laquelle appelle Jésus, chacun dans la Femme adultère prenant ensuite par soi-même et en silence la décidion de partir : pas de Prophète, pas de Dieu pour condamner, pas de Loi ni de Juges, mais une décision en resposabilité purement intérieure. C'est cela qui me paraît totalement atypique du monde hébraïque, et plus proche du connais-toi toi-même

Commentaire n°6 posté par jean-pierre castel le 24/02/2012 à 14h10

Merci pour Natan, je vieillis.

On peut le dire comme ça. Vous oubliez le contexte politico-religieux de l'incident. Il y a la renommée de Jésus. Le fait que cela se passe sur l'esplanade de Salomon. La fureur des dignitaires pharisiens, humiliés en présence de la foule. Leur honte devant la réponse de Jésus, qui fait appel à la jurisprudence de certains courants (libéraux ?) du phariaïsme (ce dernier point serait à étudier, gros travail !). Bref, un contexte totalement juif. Ni Jésus, ni ses opposants, ni le peuple présent autour d'eux n'ont pu avoir à cet instant à l'esprit le gnôti seautôn, que seuls quelques lettrés pouvaient connaître (y en avait-il parmi les protagonistes ?). Non, c'est nous qui projetons une catégorie grecque sur les personnages de cette scène, et son contenu.

Si par ailleurs elle a été recomposée, au moins partiellement (on en discute, vous le savez) par la suite, cela n'a pas été par les rédacteurs qui corrigent le "récit" du Disciple Bien-aimé, auquel on peut raisonnablement attribuer la consignation de l'incident dans son "écrit" (cf. mon étude, que vous avez lûe je crois, sur "L'Évangile du 13° apôtre"). 

Merci, amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 24/02/2012 à 17h22

Je ne cherche pas de la philosophie mais une forme d'esprit, un comportement. Que le décor et la question posée soient bien dans la culture hébraïque, sans doute. Mais la réponse de Jésus, un ordre d'introspection donné aux participants, et la réaction de ceux-ci, qui effectivement intériorisent la question et en tirent la conséquence en silence en quittant la scène me semble plus relever d'un comportement socratique que pharisien : autrement dit la scène sort du cadre pharisien. Jésus peut très bien avoir réalisé cette sortie du cadre par lui-même, ex nihilo. Mais rien n'empêche non plus d'y voir une influence de la culture grecque, que Jésus n'ignorait pas, comme vous l'avez expliqué précédemment. Absurde ou not absurde?

Commentaire n°7 posté par jean-pierre castel le 24/02/2012 à 10h31

Préambule (à ne jamais oublier) : aucune question n'est jamais absurde. Les réponses, oui, le sont parfois...

Votre question vient de ce que vous n'avez pas lu (ou... pas bien lu ?) Dans le silence des oliviers. J'y décris en peu de mots ce qu'est la culture pharisienne de la controverse, que Jésus partage. L'épisode de la femme adultère se situe totalement dans cette culture-là.

Il est vrai (et je vous remercie de le souligner) que la pratique "jésuistique" de la controverse revêt un accent particulier, peut-être pas central dans la pratique pharisienne : le renvoi au questionneur (à l'auditeur). Pour s'en assurer, il faudrait relire un peu de Talmud et voir si, de la part de Jésus, c'est là une originalité complète. Sous réserve de ce travail à faire, je ne crois pas : voyez le dialogue entre Samuel et David (à l'occasion de Bethsabé) avec sa conclusion : "Cet homme, c'est toi !"

Ce dont je suis sûr en tout cas, c'est qu'on ne détecte chez Jésus aucune influence de la culture grecque du "dialogue". Chez Paul, en revanche, oui - et c'est ce qui explique son agressivité !

Encore une fois, vous trouverez Dans le silence des oliviers, au début, quelques notations qui me paraissent asez justes sur ce point .

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 24/02/2012 à 12h02

Merci Michel et Peter.

Que pensez-vous en particulier de la mise en scène de l'intériorité et de la responsabilité individuelle dans La femme adultère? N'est-elle pas plus proche d'un Connais toit toi-même que d'un comprtement de type pharisien? (Certains ont même mis en doute l'authenticité de ce passage, mais je crois que Michel Benoît n'est pas de ceux-là)

Commentaire n°8 posté par jean-pierre castel le 21/02/2012 à 19h40

L'authenticité de ce passage me paraît plus que probable, quand on mène à son terme une recherche sur l'auteur du noyau initial du IV° évangile.

Il y a de l'anachronisme à vouloir relire ce texte en cherchant à le tirer vers des catégories philosophiques qui lui sont étrangères. L'épisode est totalement "juif" : non seulement le décor, mais la situation décrite, la problématique qui la sous-tend (un point d'interprétation de la Torah), et la forme du dialogue Jésus/ses détracteurs qui obéit aux règles de la controverse pharisienne (Lisez "Dans le silence des oliviers")

Que le résultat puisse être rapproché du gnôti séautôn (connais toi toi-même) grec, rien d'étonnant : les Éveillés convergent toujours vers le même point ! Il ne faudrait pas en déduire que Jésus est un philosophe de type grec. Le Christ philosophe ? Oui, sans doute (la faute à Paul et ses Églises). Jésus philosophe ? Non !

Merci, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 24/02/2012 à 09h45

La Galilée des nations était hétéroclite , l'héllénisme était présent plus fortement qu'en Judée. La ville de Sepphoris à 7 km au nord de l'hypopthétique Nazareth en était fortement imprégnée(jamais mentionnée dans le Nouveau testament), le rabbi Ieshua pouvait ne pas être d'accord avec tout mais sa maniére de vivre, sa tolérance, sa façon d'être avec les femmes,sa compassion pour les plus pauvres, son désir d'éviter la violence peuvent aussi être en rapport avec cette pensée héllénique(sans parler de l'hypothétique voyage en Egypte de la Sainte famille). La façon dont il a délivré son mesage en s'appuyant sur les textes de la Thora correspond sans doute à la maniére des pharisiens. Je voudrais aussi dire que le prénom Marie n'est pas présent dans l'AT( à part soeur de Moïse=myriam), il est plus présent dans le monde héllénique (méri-am qui donne myriam= l'aimée d'Amon). L'héritage culturel ne peut être  le judaisme "pur" qui lui-même un est meltin-pot des cultures et des civilisations rencontrés(egypte,assyrie,babylone, perses,grec, romain).

Commentaire n°9 posté par peter le 16/02/2012 à 14h41

Laissons de côté le "voyage en Égypte", Midrash chrétien à visée théologique évidente.

Le prénon de la mère de Jésus : dans Marc, elle n'est pas nommée, pas non plus dans le IV° évangile (les noces de Cana, la scène au pied de la croix -elle même midrashique)Laissons donc aussi de côté ce point précis.

L'influence grecque sur Jésus : évidemment. Je prends le soin, Dans le silence des oliviers, de souligner que par sa profession il a forcément été en contact soit avec des colons romano-grecs (Sépphoris, Tibériade), soit avec des juifs hellénisés aisés. Il n'en reste pas moins vrai que dans son enseignement aux foules juives, il se montre totalement pharisien et ne fait jamais appel à des notions hellénistiques - que cette population n'aurait pas comprises, ou pas acceptées venant d'un rabbi.

Les évangiles, dans leur partie "jésuistique", c-à-d ce qui vient le plus probablement de Jésus lui-même, sont bien le reflet de l'enseignement d'un rabbi pharisien à des juifs non teintés d'hellénisme - la population pauvre et non-éduquée à laquelle il s'adresse. Remarquez que même quand il s'adresse à un centurion romain ou à une syrienne, son langage comme ses comparaisons sont typiquement "juifs", et non hellénistiques.

Reste le cas du dialogue avec Pilate : scène reconstituée en tout ou en grande partie.

Merci de toutes ces remarques, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 16/02/2012 à 17h41

pour aller dans le sens du dernier message un livre "Jésus, l'héritier Histoire d'un métissage culturel" christian Elleboode (2011) explore cet héritage. C'est un livre dense avec une quantité importante d'informations(quelques oublis, erreurs) qui aborde la mise en évidence du ciment culturel qui unit les hommes. "A tous ceux qui graignent les "chocs de civilisations", nous nous devons de rappeler qu'une civilisation, quelle qu'elle soit, est inséparable des autres. Faire appel à l'Histoire, à des faits avérés, à des sources partagées, voilà sans doute la meilleure manière d'inviter les religions au dialogue". Cet auteur est un économiste qui enseigne  à la faculté catholique de Lille.

Commentaire n°10 posté par peter le 15/02/2012 à 21h26

Merci de cette référence. Le judaïsme qu'a connu Jésus s'affrontait déjà à l'hellénisme, et malgré sa prétention à la pureté (et à l'originalité absolue) il comportait des traces bien visibles de métissage culturel. Il me semble que dans ce contexte, le petit rabbi galiléen provincial (qui n'était pas un de ces intellectuels de la diaspora juive plus ou moins hellénisés comme Philon) témoigne d'un judaïsme non métissé. Ses références (celles qui viennent de lui, non pas celles que lui attribue le IV° évangile) sont très purement juives : le Livre de l'Exode (3,14), les premiers Patriarches. Son mode de raisonnement n'est pas la dialectique grecque, comme ce sera le cas de Paul, mais l'interrogation à la mode rabbinique. Je me suis efforcé de mettre cela en valeur Dans le silence des oliviers, auquel je vous renvoie. M.B.

Réponse de Michel Benoit le 16/02/2012 à 10h16

PS: tout cela pour dire que les Evangiles ne sont qu'un texte parmi bien d'autres au sein de notre héritage, et eux-mêmes le fruit d'origines multiples.  Michel Benoit est le premier à nous dire que les paroles probables de l'homme Jésus ne figurent qu'en filigrane dans les Evangiles, et qu'elles sont elles-mêmes porteuses d'une culture dont Jésus a hérité. En bref toute civilisation est un melting pot, qui ne peut être réduit à un texte ou un homme, et qui se transforme continuement.

Si l'un des éléments devait être considéré comme sinon fondateur du moins représentatif, peut-etre serait-ce la langue. Comment dire qu'une langue est plus belle qu'une autre? Le grec classique n'est-il pas plus riche, précis, subtil, souple que les langues modernes, sans parler de l'hébreu biblique ?

Commentaire n°11 posté par jean-pierre castel le 15/02/2012 à 12h34

Aujourd'hui, et surtout depuis les Lumières, les Évangiles nous paraissent un élément parmi d'autres de notre civilisation. Mais les Lumières (qui ont ravi à la Bible son statut de référence unique) n'ont pas de texte fondateur. Aucun phrase ou image du Contrat Social ne sont rentrés dans notre imaginaire populaire comme, par exemple celle du "bon samaritain" ! Dès l'origine notre civilisation a été un melting pot, dont Thomas d'Aquin témoigne en absorbant (comme Paul de Tarse avant lui) la philosophie grecque dans sa construction idéologique. Il n'en reste pas moins, me semble-t-il, que la Bible a joué et continue de jouer un rôle unique de texte fondateur. Plus ou moins réinterprétée, mais jamais détrônée comme texte de référence.

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 16/02/2012 à 10h06

Désolé, mais je ne suis pas d'accord.
La religion est certes la matrice originelle de toute civilisation, mais elle n'a pas nécessairement (voire même rarement) un texte fondateur : sans même parler des civilisations "premières", quel serait celui de la civilisation romaine par exemple ?
Ensuite notre civilisation européenne n'est nommée judéo-chrétienne que depuis une trentaine d'années, alors qu'elle était considérée comme gréco-romaine jusqu'alors. On pourrait dire que l'Europe n'a été "chrétienne" que de Constantin à la Renaissance. Le christianisme - voire les Evangiles - résulte lui-même de la confluence entre tradition hébraïque et tradition grecque - via non seulement les Pères de l'Eglise, mais aussi la Diaspora juive, hellénisée depuis Alexandre (cf. la Septante). Dans notre héritage aujourd'hui, la science, la philosophie, la démocratie, les droits de l'homme, le droit, l'éthique sont-ils plutôt grecs , romains, juifs ou chrétiens ? Pour ma part, là où la part de l'héritage judéo-chrétien me paraît la plus substantielle, c'est peut-être l'égalité, encore que la fin de l'esclavage doive bien peu au christianisme, mais beaucoup plus à l'évolution politico-économique depuis la chute de l'Empire Romain.
Une civilisation est-elle préférable à une autre? Par rapport à quel système de valeurs ? Parler d'un système de valeurs universel est très européo-centré, dans la mesure où les droits de l'homme sont très liés à la conception individualiste occidentale (qui remonte à la Grèce, et a sans doute été accentuée, voire aggravée, par le monothéisme), par contraste avec la conception holistique des asiatiques.
En revanche, certains "prophètes" nous semblent plus sympathiques que d'autres : Zarathoustra, Bouddha, Socrate et Jésus détiennent sans doute la palme. Mais leur message a toujours subi un double sort : la trahison et néanmoins une relative transmission
Bien amicalement

Commentaire n°12 posté par jean-pierre castel le 15/02/2012 à 12h11

La civilisation gréco-romaine s'est fondée sur plusieurs textes. Le premier d'entre eux est l'Illiade & L'Odyssée d'Homère, repris et adapté à la romanité par Virgile dans l'Énnéide. Textes profondément religieux : les dieux mènent le monde... Mais aussi la légende socratique popularisée par Platon. Lequel est réinterprété par Plotin, avec l'Un et ses cascades d'entités à la divinité dégradée. S'agissant d'un polythéisme (il n' a pas une légende fondatrice, mais plusieurs concernant les familles de dieux ou l'interprétation du Divin), les textes fondateurs sont plus éparpillés, plus diffus que dans un monothéisme (cf le corpus stoïcien popularisé par le Satyricon).

Oui, la civilisation européenne est profondément romano-grecque dans ses racines, surtout depuis la Renaissance. Mais son texte fondateur, unique et incontesté jusqu'aux Lumières, reste la Bible et surtout le Nouveau Testament. Doù le paradoxe jamais assumé : un texte fondateur juif, mais une chrétienté dont l'éthos et le mode de pensée sont néo-hellénistiques ! D'où aussi la difficulté - que j'ai vécue comme témoin privilégié - de revenir à la judaïté de Jésus, des évangiles... De quitter le christos grec pour revenir au Ieshua originel !

Trahison / transmission : vous connaissez l'expression italienne (qui sonne mieux dans cette langue) : traduttore - tradittore !

Amicalement à vous, M.B.

 

Réponse de Michel Benoit le 16/02/2012 à 09h50

L'intérêt dans la connaissance de civilisations est aussi de mettre en perspective l'époque et l'environnement socio-économico-politique des fondateurs présumés. Un exégète de chez nous, André Myre, a déjà fait la démonstration que Jésus n'avait jamais eu l'intention de fonder une "nouvelle religion". Et quand je lis les savantes études de Dan Jaffé, docteur en histoire des religions, je comprends mieux que le christianisme a surgi après une exclusion et une expulsion du judaïsme affaibli au lendemain de la destruction du second Temple en 70. En cela j'exprime ma solidarité avec Daniel Boyarin (Philosophe et historien, spécialiste des écrits juifs, chrétiens et hérétiques des premiers siècles de notre ère) dans sa thèse de l'"indétermination du sens" et de la "vérité multiple". Au plaisir de vous lire encore. Yvon R. Théroux.

Commentaire n°13 posté par Yvon R. Théroux le 15/02/2012 à 00h35

"La vérité multiple", quel beau titre ! A cause d'Aristote, la chrétienté a traîné pendant des siècles ce dogme de l'Unique Vérité. Dans le dialogue prêté par l'évangéliste entre Pilate et Jésus, je suis du côté de Pilate : "Qu'est-ce que la vérité ?"

La vérité est un diamant aux multiples facettes.

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 15/02/2012 à 09h40

Bonsoir Monsieur, votre texte sur les civilisations m'a beaucoup intéressé et je vous en remercie. Il me revient à l'esprit en lisant le § 3 que le judaïsme a très largement réécrit lui aussi et même inventé ses textes fondateurs. Du moins si l'on en croit les hypothèses exposés dans "La Bible dévoilée" d'Israel Finkelstein et Neil Asher Siberman (sous-titré "les nouvelles révélations de l'archéologie"), que vous connaissez très probablement. L'exode n'aurait jamais existé (quid alors de la Pâques juive ?), ni Moïse et les évènements du Sinaï. 

Commentaire n°14 posté par Claude Marec (Mr) le 14/02/2012 à 21h28

Eh oui ! Il y a sans doute eu un événement (la fuite d'une communauté juive d'Égypte, son errance au désert, son arrivée en Palestine). Événemant relu par la suite, magnifié, transformé en saga fondatrice... Voyez comment la Révolution française, qui fut une abominabler boucherie, est devenue l'apothéose de la Liberté en marche !

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 15/02/2012 à 09h36

Une civilisation est-elle liée "ad vitam eternam" à sa religion? le noeud gordien?

Commentaire n°15 posté par Henry CORRE le 14/02/2012 à 18h33

"Bonne question", comme on dit quand on n'a pas la réponse. Je vais y réfléchir, en faisant appel à ma mémoire historique. De but en blanc je dirais "oui". Dans ce sens-là : la matrice des civilisations est toujours religieuse ou philosophique (je ne vois pas d'exceptions). Une fois partie sur ces rails, la civilisation garde une direction qu'elle peut difficilement infléchir. Voyez la Chine : Mao a tenté de créer un "Homme nouveau" = une civilisation nouvelle. Il y a partiellement réussi. Mais les racines confucéennes de ce pays n'ont pas disparu !

On ajoute généralement : "Je vous remercie de me l'avoir posée"... M.B.

Réponse de Michel Benoit le 14/02/2012 à 20h34

D'accord pour votre définitionde "civilisation", mais  les Myas faisaient des sacrifices humains, c'est pas très " civilisé"

Des rois africains étaiiebnt enterrés avec "un emballage " d'esclaves, c'est pas très" civilisé"

Les veuves indiennes brûlées avec leur mari, c'est pas très " civilisé"

Guéant ou pas, il y a bien des civilisations pusu évoluées que d'autres ?

 

Commentaire n°16 posté par Jean-Marie le 14/02/2012 à 17h44

Attention : une civilisation est d'abord un ensemble de valeurs religieuses/philosophiques communes à un peuple. Les sacrifices humains des Mayas avaient une fonction religieuse. Ne confondez pas : ce n'est pas parce que NOUS jugeons que ce n'est "pas bien", que cela ne constitue pas une civilisation à part entière !

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 14/02/2012 à 20h37

Je suis pleinement d'accord avec vous ; simplement, je pense que vous ne mettez pas suffisamment en lumière le caractère artificiel de cette "polémique". Pour ma part, je diffuse parmi amis et connaissances un petit texte où j'invite : 1°) à prendre conscience qu'une civiisation est chose vivante, brillante ou décadente selon les époques et que, ainsi, une comparaison ne doit être faite qu'en fonction de l'état des civilisations comparées au jour de la comparaison. 2°) à se rappeler qu'il existe des valeurs universelles, inscrites dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et à admettre, en conséquence, qu'on ne saurait condamner un jugement qui, usant de ces critères, considère que, aujourd'hui, telle civilisation vaut mieux que telle autre ; ceci ne signifie ni qu'elle valait mieux autrefois, ni qu'elle vaudra mieux demain.

Ce qui est singuier dans cette polémique c'est que ce sont souvent ceux-là même qui s'affichent "droits-de-l'hommistes" qui crient au fascisme et/ou au radisme contre ceux qui jugent d'une civilisation à l'aune des valeurs universelles que je viens de rappeler.

Cordialement à vous.

Commentaire n°17 posté par MARTIN Lucien M. le 14/02/2012 à 17h05

Oui, ce cirque est pitoyable. Inutile d'épiloguer dessus ! J'ai simplement tenté de donner quelques éléments de bon sens et (comme d'habitude dans ce blog) aussi "objectifs" que possible. Sachant que j'aurai une foule de commentaires aigre-doux, comme à chaque fois qu'on aborde un sujet sensible. Ce n'est pas une raison pour aller se coucher...

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 14/02/2012 à 20h28

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