Publié dans : LA QUESTION JÉSUS

          La parution du Jésus de J.C. Petitfils a été largement médiatisée. Alors que je ne disposais encore que d’extraits significatifs, j’ai écrit ici un premier article sur ce livre (cliquez). L’ayant maintenant en mains, je vous en propose une analyse plus détaillée.

          Première évidence : la documentation de l’auteur est remarquablement étendue. Il a immensément lu, et rassemble en 630 pages des éléments éparpillés dans beaucoup de domaines.

          Mais son livre n’est pas (seulement) celui d’un historien de talent.

 

Le rejet de la Quête du Jésus historique

 

          Après avoir résumé les trois étapes de cette Quête (cliquez), il énumère ses principaux critères d’analyse textuelle - pour conclure de façon lapidaire que « l’utilisation de ces postulats méthodologiques a ses limites… et présente l’inconvénient de jeter le doute sur tout ce qui n’entre pas dans un moule préétabli. » (p. 582).

          En quoi des outils de travail techniques sont-ils un « moule » ? Par cette condamnation du labeur d’un siècle et demi mené par des dizaines de chercheurs dans le monde entier, l’auteur ne dévoile-t-il un vrai « moule préétabli » - le sien ?

 

          Dans la foulée, il condamne aussi les enquêtes de Mordillat et Prieur (1), dont il affirme que « le but [de ces journalistes] est de dénoncer les inventions frauduleuses, les tromperies, la trahison de l’Église, bref de faire exploser l’imposture du christianisme » (p.21). C’est un procès d’intention, alors que Mordillat et Prieur n’ont donné la parole qu’à des exégètes de premier plan, catholiques, protestants et juifs, tous esprits libres et indépendants : défaut insupportable, peut-être, aux yeux de l’auteur.

 

          Lui-même n’est pas un exégète : quelles sont donc les autorités auxquelles il accorde sa préférence ?

          Tout du long, aux Pères de l’Église - dont il sait pourtant que ce sont eux qui ont contribué à construire le mythe chrétien, en inventant l’exégèse allégorico-mystique qui a été de règle en chrétienté jusqu’aux débuts de la QuêteSouvent, à des exégètes français conservateurs comme Léon-Dufour ou Feuillet. Parfois enfin, au pape Benoît XVI dont l’impartialité en la matière laisse à désirer. 

          Et rarement aux chercheurs de la Quête.

          L’historien se serait-il mis au service de la réaction catholique ?

 

Faire feu de tout bois

 

          Sa thèse pourrait être ainsi résumée : « Tout ce qui est écrit dans les évangiles, tout doit s’être passé comme c’est écrit ». Pour le prouver, il mélange les informations de façon stupéfiante. Pris dans une corrida, le lecteur tournoie devant un dédale de « preuves », agitées devant lui comme la cape du toréador. Entrons dans l’arène.

 

- L’étoile des Rois Mages (pp. 461-463) : [pose des banderilles] Un jour l’astronome Kepler aurait observé « la conjonction très lumineuse de Jupiter et de Saturne… Le 9 octobre 1604, Mars se joignit à ces deux planètes. Par calcul, il établit que le même phénomène s’était produit en l’an 7 avant notre ère. C’est alors qu’il se rappela un texte du rabbin portugais Isaac Abravanel (1437-1508)… » [travail à la cape] A la suite de quoi Kepler « arriva à la conclusion que l’étoile de Bethléem avait été un phénomène naturel et non surnaturel et que Jésus était né… l’an 7 avant notre ère ». Notre historien ajoute qu’un juif de Bassora du IX° s., Masha’allah, traduit au XII° siècle par Jean de Séville, arrivait aux mêmes conclusions. [picador] « Au début du XIX° siècle, un savant Danois, Frederic Munter, en trouva confirmation dans un commentaire médiéval du Livre de Daniel. » Et « en 1902, un papyrus égyptien… conservé à Berlin » confirmait le toutim, quand en 1925 [muleta] « Tout changea lorsqu’un orientaliste germanique, Peter Schnabel, examinant les milliers de tablettes en terre cuite découvertes à Abbu-Habbah (l’ancien site sumérien et néo-babylonien de Sippur, à 32 km au sud de Bagdad » trouva une confirmation de l’apparition de l’étoile en l’an -7.

          Vous avez le vertige ? Pourtant, j’ai abrégé. Cette accumulation d’érudition a un but : vous étourdir comme le taureau pour vous mener à la conclusion conclusive [estocade] : « Comment ne pas songer aux textes de Matthieu et de Flavius Josèphe dans lesquels il est question d’un astre qui apparaît puis disparaît avant de réapparaître » au-dessus du Petit Jésus couché dans sa crèche ? Vous voyez bien que l’évangile dit vrai !

 

          « Inutile de dire, poursuit l’imperturbable Petitfils, que les calculs ont été refaits par les astrologues modernes » et qu’ils ont confirmé que « la conjonction d’étoiles fut presque parfaite à la fin de mai, au début d’octobre et de décembre » de l’an - 7, pour se reproduire l’année suivante. Vous arrivez au [coup de grâce] : « Cette donnée, parfaitement scientifique, vient conforter le récit évangélique. »

          Jésus est donc bien né en décembre, sous une étoile aussi brillante qu’éphémère, en l’an -7 ou -6. Comme c’est justement l’année de sa naissance finalement retenue par les experts, même ceux du Vatican, on est heu-reux, mais heu-reux !

 

- Les phénomènes accompagnant la mort du Christ (pp. 401-407) : Cet exemple illustre bien la dialectique que l’auteur emploie constamment, de manière particulièrement efficace.

          Pour commencer, rappel des autorités : « Les Pères de l’Église […suit une longue liste de noms prestigieux…] n’ont pas douté de la réalité de ces phénomènes… [Ầ leur époque] on pouvait, paraît-il, voir [encore] les traces du tremblement de terre sur le lieu même de l’exécution de Jésus ».

          Immédiatement après, virage à gauche : « la plupart des exégètes contemporains sont formels : il s’agit d’un langage symbolique, tiré de l’Ancien Testament… Les évangélistes auraient utilisé le langage [de la Bible], chargé d’imagerie poétique et orientale, pour montrer [par ces phénomènes] que Jésus est bien le Messie… Bref, l’affaire serait close. Il n’y a pas eu de ténèbres le vendredi saint, ni de tremblement de terre. »

          L’affaire est-elle vraiment close ? Que non, virage à droite : les travaux des « exégètes contemporains » ont l’inconvénient de semer le doute sur la réalité historique des faits rapportés dans 3 des 4 évangiles (mais justement pas dans celui de Jean, pourtant, selon l’auteur, le plus fiable historiquement).

          Rond-point dialectique : « Entre partisans d’une lecture symbolique et d’un événement réel, le débat n’est pas clos.» Finie la belle unanimité des exégètes ! L’auteur nous entraîne alors sur la route sineuse de l’érudition historique. « Des auteurs païens de l’Antiquité parlent d’un étrange phénomène solaire survenu sinon sur toute la terre, du moins en Palestine… Thallus, contemporain de Jésus et riche affranchi de Tibère, cité au II° siècle par Jules l’Africain… Le grec Phlégon de Tralles (II° s.), à qui on doit une Histoire universelle en douze volumes… Tertullien (II°-III° s.)…, Eusèbe l’historien (III°- IV° siècle)…, Lucien d’Antioche (IV° s.) …, le grammairien Philopone d’Alexandrie (VI° s.)…, Le pseudo-Denys l’Aréopagite (V° s.)… » Tous ont mentionné une éclipse survenue en Palestine au bon moment, au point que « l’idée d’une mystérieuse occultation solaire le 14 Nisan de l’an 33 [date de la mort de Jésus] n’est pas à rejeter d’emblée comme une galéjade pour simple d’esprits ou fondamentalistes avides de merveilleux… Il y aurait eu, dans l’après-midi du vendredi saint… un enténébrement extraordinaire sur toute la Palestine… »

          Comment transformer « il y aurait eu » en « il y a eu » ?

          En faisant appel à « la danse apparente du soleil observée le 13 octobre 1917, à Fatima, par soixante-dix-mille personnes. » « L’historien, sur ce point, ne pouvant naturellement se prononcer », il passe immédiatement à l’hypothèse d’un « sirocco noir ou khamsin… Ầ la Pentecôte de 396, saint Jérôme fut témoin d’un obscurcissement du même genre. » Puis il tire de sa manche deux professeurs d’Oxford : « Après avoir minutieusement reconstitué par le calcul astronomique le calendrier juif du I° siècle… ils arrivèrent à la conclusion que, le 3 avril 33, une éclipse de lune s’était produite… qui atteignit son maximum à 17h 15… La lune se leva dans le ciel de Jérusalem à 18h 20 à un moment, on peut le supposer, où le ciel était clair. [L’éclipse] donnait à l’astre, comme il arrive fréquemment en pareil cas… une étrange couleur rousse (l’atmosphère absorbant les nuances de bleu). » 

          Pourquoi ce luxe de détails ? Parce que « précédé peut-être d’un nuage de sable qui avait momentanément obscurci le soleil », l’événement vient confirmer l’annonce du prophète biblique Joël : « Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang. Un phénomène que n’ont pas ignoré certains apocryphes [chrétiens]. »

          Vous êtes arrivé : la science confirme ce que rapporte l’évangile selon s. Luc.

 

          Pris dans ce tourbillon d’érudition où se mélangent les Pères de l’Église, les apparitions de Fatima, les calculs astronomiques – où, selon le proverbe romain, tout est dans tout, et réciproquement -, le lecteur ne sait plus où il en est. Comme il affectionne les légendes de son enfance, il finit par oublier totalement le consensus initial des « exégètes contemporains » pour conclure, abasourdi par tant d’autorités déployées, que les évangiles sont bien à prendre au pied de la lettre – comme le veut l’auteur.

          Mais attention, ce n’est pas du fondamentalisme : c’est de l’Histoire.

 

          Ầ tout propos, ce procédé est répété dans le Jésus de J.C. Petitfils.

          La multiplication des pains (pp. 226-227) ? Sa réalité est confirmée par « d’autres multiplications [miraculeuses] de vivres » qui se sont produites en Italie au 17° s., puis en Poitou, chez le curé d’Ars et à Bourges au 19° s..

          La transfiguration (p. 250) ? Elle est à « rapprocher de phénomènes de bioluminescence observés chez certains mystiques. On cite les cas de sainte Thérèse d’Avila, de saint Benoît-Joseph Labre, de saint Michel Garicoitz, de saint Séraphim de Sarov. »

          La prescience de Jésus ? Elle est de même nature que celle des mystiques : « Les exemples abondent… Je n’en citerai qu’un seul… celui d’une religieuse augustinienne » qui aurait eu en 1929 la vision selon laquelle elle serait un jour décorée d’une médaille militaire – ce qui se produisit bien en 1949. Sa cause de béatification est d’ailleurs introduite à Rome (note 53, p. 604).

          Jésus marchant sur les eaux ? (p. 230) : « Faut-il rapprocher ce prodige des phénomènes de lévitation observés chez plusieurs saints et grands mystiques ? ...  On songe aux lévitations extatiques de sainte Thérèse d’Avila, de saint Jean de la Croix, de saint Joseph de Copertino, de saint Alphonse de Liguori, de saint Joseph-Benoît Cottolengo, de saint Gérard Majella, etc. » (p.601, note 31).

 

          Etc., etc. Ce qui est particulièrement pernicieux, c’est qu’on prend toujours soin de dire que l’historien n’a pas à prendre en compte ce genre de preuve. Pourquoi alors les étale-t-il avec tant de complaisance dans ses démonstrations, sinon parce qu’elles confortent sa lecture des textes ? Et qu’elles encouragent le lecteur non-averti à adhérer à ses conclusions ?

          Il répond : « Pourquoi vouloir rejeter d’emblée ce que la raison n’explique pas ? Des phénomènes extraordinaires, supranaturels existent… pourquoi les balayer d’un revers de la main ? » (p. 20).

          Soit. Mais alors qu’on ne prétende pas, en bon historien, « utiliser et croiser les sources à [ma] disposition, de manière critique, bien entendu, en [me] gardant des assemblages artificiels » (p. 27). Ni avoir « une approche rationnelle » de son sujet (p. 21).

 

La question des sources

 

          Depuis 17 siècles, la légende et la mythologie chrétienne coulent comme un fleuve majestueux, d’une grande beauté.

          Ce fleuve prend notamment sa source dans le quatrième évangile, dit selon s. Jean. C'est, affirme l’auteur, le plus fiable historiquement - ce qui est exact. Mais c'est aussi le plus philosophique et le plus splendidement théologique des quatre. Comment expliquer cette cohabitation intime dans le même texte entre détails historiques, philosophie et dogme ?

          Tout repose sur l’identité de son auteur.

          J.C. Petitfils convient que cet auteur, contrairement aux autres évangélistes, est un témoin oculaire qui « n’a rien à voir avec [l’apôtre] Jean, fils de Zébédée » (p.24) Il l’identifie « avec le disciple secret de Jérusalem, le « disciple que Jésus aimait », autrement dit Jean, l’auteur du quatrième évangile. » (p.98) : « l’évangile est l’œuvre d’une seule main » (p. 522), il y a un seul et unique auteur de l’ensemble du texte.

          Pour cela il s’appuie sur des écrits du II° au IV° siècle qui rapportent la légende d’un certain prêtre Jean, mort très âgé à Éphèse. Témoignages qu’il prend à la lettre, sans esprit critique : ce « Jean » était, dit-il, « prêtre, et à ce titre il a porté le pétalon… qui était l’insigne sacerdotal porté sur la poitrine par le grand prêtre au temps de l’Exode. »

          Donc, l’auteur du quatrième évangile était un membre de la haute aristocratie religieuse de Jérusalem : le disciple bien-aimé, qui s’appelait "Jean".

          On apprend enfin qu’au Cénacle, « le maître de maison ou, en son absence son fils aîné, Jean, [a eu] à sa gauche celui qu’il voulait honorer, Jésus » (p. 298). De quel chapeau magique sort-on ce père de son aîné, « Jean » - qui avait donc des frères et sœurs ? On rêve…

 

          Soyons sérieux : l’exégèse du texte montre en effet qu’on y retrouve un témoignage oculaire précieux, dont tout semble indiquer qu’il remonte à un écrit du disciple bien-aimé, recueilli par la communauté qui s’était formée autour de lui (cliquez) . La mémoire de cet homme a été soigneusement gommée de tous les écrits du Nouveau Testament, sauf le sien : son nom est perdu à jamais. Une ou deux générations plus tard, son écrit a été enrobé dans un ensemble complexe de catéchèses chrétiennes primitives, le tout donnant l’évangile que nous connaissons (cliquez).

          L’hypothèse d’un seul et unique auteur du quatrième évangile n’est retenue par aucun exégète.

 

          J.C. Petitfils brode à perdre haleine sur la légende qu’il a choisie d’adopter pour vraie.

          Ainsi, l’apôtre André en personne aurait demandé à « Jean » d’écrire son évangile, et en aurait révisé ensuite le texte avec les autres disciples, lui apportant ainsi une garantie collective d'authenticité (pp. 25, 125).

         Si André a inspiré Jean, l’évangéliste Luc, lui, aurait« incorporé dans son texte une partie de l’enseignement oral du disciple bien-aimé. » (p. 544). « Son récit de la pêche miraculeuse, Luc l’a très vraisemblablement entendu de la bouche de Jean. » (p. 447). Luc est « le seul évangéliste à rapporter les origines familiales du Baptiste, qu’il tient de bonne source, peut-être de Jean l’évangéliste. » (n. 18 p. 587). « Luc, auditeur de Jean, a happé [ses paroles] au vol et [les] a reproduites. » (n. 4 p. 605).

          Vraisemblablement, peut-être… Devant ces affirmations totalement dénuées de fondement textuel, l’exégète reste muet, confondu, atterré.

 

          Un fleuve qui prend sa source dans de telles manipulations ne peut que charrier les mythologies qui plaisent aux foules.

          Mais il les trompe.

 

Historien, ou mystificateur ?

 

          Je me contenterai maintenant d’énumérer rapidement quelques-unes parmi les nombreuses mystifications réjouissantes de l’auteur.

 

- Les Nazôréens ? On ne sait presque rien de cette secte juive à l’époque de Jésus, mais on sait qu’il en faisait partie. Pages 80-81, l’auteur retrace pourtant son histoire depuis le retour de l’exil à Babylone, sans donner aucune source de ce qu’il avance (il serait le premier à en savoir tant !) Pour affirmer enfin que « Jésus est à la fois un habitant de Nazareth et un Nazôréen. » (p. 81), et que sa famille constitue « le clan des Nazôréens » (p. 197).

          J’ai montré ailleurs (cliquez) pourquoi il importait aux fondateurs du christianisme que l’identité nazôréenne de Jésus (transformé en habitant de Nazareth) disparaisse de la mémoire chrétienne : mais passons, ceci n’est que de l’exégèse.

 

- Pour expliquer la parole de Jésus à Pierre avant le lavement des pieds : « Celui qui s’est baigné n’a pas besoin de se laver », l'auteur invente une purification préalable des disciples « dans une petite grotte au flanc du mont des Oliviers, aménagée en mikvé. Il leur restait à se purifier les pieds, couverts de poussière » (p. 297), d’où le lavement des pieds du quatrième évangile. Cette grotte, il la décrit avec un luxe de détails (n. 33 p. 609).

 

- Malchus, à qui Pierre tranche l’oreille, « serait le préfet des prêtres, soumis aux règles de pureté sacerdotale. Sa blessure le rendait invalide pour les fonctions du Temple, d’où le geste de Pierre » (p. 310). Astucieux Pierre !

 

- « Afin de faire pénétrer le corps [de Jésus dans le tombeau], les porteurs exécutent un demi-tour. Celui qui tient la tête entre le premier à reculons, en se baissant fortement. Les pieds sont ainsi disposés vers l’ouverture » (p. 419).

 

- La prière de Jésus à Gethsemani : Ce jardin « appartient vraisemblablement à Jean » (p. 289). « Comment les apôtres ont-ils pu raconter [la scène de la prière de Jésus à l’agonie], alors qu’ils étaient endormis ? » Qu’à cela ne tienne, « c’est après la scène des rameaux… que la scène a eu lieu, non après le dernier repas. » Pour justifier ce scoop exégétique vraiment inédit, l’auteur s'appuie sur l’autorité du pape Benoît XVI (p. 291).

          J’arrête là.

 

Les reliques de la Passion au secours du dogme

 

          J.C. Petitfils accorde autant de crédit, sinon plus, aux reliques de la Passion qu’aux textes des évangiles. Il consacre des dizaines de pages à l’examen croisé du linceul de Turin, du suaire d’Oviedo et de la tunique d’Argenteuil.

          Je ne me prononcerai pas ici sur le dossier controversé du Suaire de Turin. N’étant qu’un exégète, je ferai deux brèves observations à l’auteur (observations complétées et précisées dans un article ultérieur, cliquez ) :

 

1- Jésus a été mis au tombeau par des juifs, en suivant les coutumes juives. Or on trouve dans le quatrième évangile une description très précise de ces coutumes, la « résurrection » de Lazare. Mis à part quelques ajouts postérieurs des derniers rédacteurs de cet évangile, qui le corrigent deux générations plus tard, ce petit reportage est de la main de disciple bien-aimé, témoin oculaire de la scène.

          On y lit que Lazare sortit du tombeau « ayant été attaché aux pieds et aux mains par des bandelettes (keiriais), et son visage avait été enveloppé par un suaire (soudarion) » (Jn 11, 44). Lazare est un homme riche (comme Joseph d’Arimathie) : pour le déposer dans sa sépulture définitive, on a lié ses pieds et ses mains, recouvert son visage d’un suaire. Telle était la coutume juive, le cadavre était maintenu serré par des bandelettes : pas question d’un linceul, grande pièce de toile lâche enveloppant tout le corps.

 

2- Le disciple bien-aimé décrit un peu plus loin le tombeau de Jésus, second témoignage oculaire : « Se penchant il vit posées là les bandelettes (othonia)… Pierre entre [après lui] dans le tombeau, et il contemple les bandelettes (othonia) posées là, et le suaire (soudarion) qui était sur sa tête, non pas avec les bandelettes (othonia) posé là, mais à l’écart, [ayant été] enroulé dans un lieu à part » (Jn 20, 5-7).

          Question : que signifie le grec othonion ? Tous les traducteurs, sans exception, traduisent par « bandelettes ». Ont-ils tort, faut-il traduire par « linceul », c’est-à-dire une pièce de drap et non des bandelettes ? Mais alors, pourquoi à trois reprises le disciple bien-aimé écrit-il othonia au pluriel, comme il avait écrit keiriais au pluriel ? Y avait-il plusieurs othonia, plusieurs linceuls superposés ?

          L'auteur a-t-il fait les deux enquêtes indispensables, linguistique (sens de othonion dans le grec de la koiné) et historique (examen détaillé des coutumes juives de mise au tombeau, en Judée, au début du I° siècle) ? (cette recherche, je l'ai esquissée dans l'article signalé plus haut, cliquez)

          Non. Il écrit que « l’ensevelissement… a été pratiqué à la manière juive », mais ne fournit aucune enquête sur cette manière juive. En revanche, il nous apprend qu'à la mort de Jésus, Joseph d’Arimathie « quittant le Golgotha, va en ville acheter un long drap de lin de 8 coudées judéo-assyriennes de long qui va servir au linceul… Au lieu de l’acheter en ville, où les magasins étaient sans doute fermés… Il se le serait procuré dans les magasins du Temple…Quand il revient, il est 17 heures environ » (p. 415). Ce qui laisse « une heure environ » pendant laquelle le cadavre serait resté sur le sol, au pied de la croix. Un linge (le suaire d’Oviedo) aurait été posé sur son visage, car « c’est la coutume de dissimuler aux passants les stigmates de la souffrance chez un mort. » (p. 413).

          La coutume : historien, où sont vos sources ?

 

          Je passe sur la façon dont le lecteur se fait ensuite balader dans une infinité de détails anatomopathologiques, textiles, botaniques, pharmacologiques, numismatiques : c’est toujours la technique de la corrida.

            Pour ajouter quand même une simple remarque de bon sens : le visage de Jésus a été recouvert d'un suaire, comme en témoigne le disciple bien-aimé. Il n'a donc pas pu être en contact direct avec l'hypothétique linceul, pour y laisser son empreinte photographique.

 

          Quant aux « inscriptions paléographiques en latin, en grec et en écriture hébraïque lues… autour du visage de l’homme [sur le] linceul », l’auteur pense sans rire que ce seraient « les marques de deux huissiers, l’un romain et l’autre juif, présents lors de l’ensevelissement : le premier aurait inscrit… la sentence de mort en lettres noires ou rouges, comme cela se faisait habituellement ; le second aurait garanti l’identité du défunt. » Enfin, Pilate aurait diligenté « l’intervention d’un fonctionnaire romain (l’exactor), attestant que la procédure s’était déroulée normalement » (p. 421).

          Deux notaires plus un huissier assistaient donc à l’enterrement de Jésus, avec leurs tampons encreurs, autre scoop. On pardonnera à M. Petitfils d’avoir oublié de mentionner le journaliste de l’AFP, habituellement présent lui aussi en pareille occasion.

 

          Deux derniers exemples récréatifs de son enquête :

 

1- Selon Matthieu, un ange serait descendu du ciel pour ouvrir le tombeau de Jésus au matin de Pâque, et « son aspect était comme l’éclair » (Mt 28,3).

          L’événement est-il « authentique ou symbolique », se demande M. Petitfils ? Réponse : pour l’Église, la résurrection est « un phénomène objectif en soi, donc historique, même si elle échappe… à l’Histoire. » D’ailleurs, c’est l’enseignement du pape Benoît XVI sur lequel l’auteur, en bon historien rationnel, s’appuie pour boucler son enquête (p. 435).

            Des preuves ? Dans le linceul de Turin. Et de citer pêle-mêle (p. 436-438) les hypothèses de la vaporographie (confirmée sur une momie vieille de 2000 ans et le suaire de saint Charbel Makhlouf, mort en 1898), des radiations électromagnétiques, « un double bombardement de protons et de neutrons, provenant de la désintégration des noyaux de deutérium présents dans le corps », aucune de ces théories « ne rendant compte de la façon dont s’est formée l’image ».

          Quelques lignes plus loin pourtant, « d’autres données sont aussi certaines et tout aussi mystérieuses », ce qui permet à l’auteur de conclure que « le corps [de Jésus] semble s’être dématérialisé de l’intérieur, laissant le linceul s’affaisser sur le vide. »

 

2- Les reliques de la vraie croix, dont Daniel-Rops disait que « si on les rassemblait toutes, il y aurait de quoi remplir un paquebot ». Eh bien, M. Petitfils, lui, nous apprend que « si l’on s’en remet aux analyses [des reliques] de la cathédrale de Pise, du Dôme de Florence, de Notre-Dame de Paris et de Sainte-Croix-de-Jérusalem, le bois utilisé [pour la Croix] aurait été du pin » (p. 369).

          On aimerait quand même savoir si ces reliques ont conservé jusqu’à aujourd’hui la légère odeur de térébenthine qui devait flotter sur les collines de Judée.

 

La schizophrénie catholique

 

          Je n’abuserai pas de la patience de mon lecteur : il comprend mieux maintenant ce qu’est la schizophrénie catholique.

 

          La schizophrénie consiste à vivre dans deux mondes différents. Comme certains intellectuels catholiques, J.C. Petitfils a un pied dans d’immenses connaissances, et l’autre dans le conformisme le plus étroit.

          Il tricote subtilement des informations historiques ou exégétiques exactes, avec des légendes savantes destinées à conforter la soif de merveilleux de croyants, déboussolés par l’effondrement de la mythologie chrétienne.

          Il sait tout de la Quête du Jésus historique, mais il choisit son bord : ne publier que ce qui est catholiquement correct. Il s’attire donc la bienveillance des médias, qui connaissent la frilosité du grand public.

          Et ce public, ébloui par tant d’érudition, par la virtuosité des passes du toréador, soulagé enfin d’être savamment conforté dans ses nostalgies d’enfance, le public se convainc qu’il est inutile d’aller chercher plus loin.

 

          « Le Jésus de l’Histoire, auquel ses disciples renvoient, reste une énigme, un mystère insondable » (p.478). Ce mystère, m'a-t-il dit lors de notre rencontre, l’historien le reconnaît. Mais il ne peut le pénétrer.

          Oui, la personne de Jésus, comme toute personne humaine, est un mystère insondable – et d’abord à elle-même.

          Mais l'historien ne reconnaît que les zones d’ombres de l’Histoire qu’il tente d’éclairer, avec la rigueur de sa discipline.

          Mais l’exégète ne reconnaît que des textes du passé qu’il tente de comprendre, avec les outils dont il dispose aujourd’hui.

 

          Mystérieux, Jésus ? Certes. Comme vous, comme moi. Mais plus encore que vous et moi, car il ne cesse d’interroger nos vies, et d’illuminer la mienne.

 

                                         M.B., 14 déc. 2011

 

(1) Enquêtes diffusées en 3 séries sur Arte, disponibles sur DVD, et reprises en 3 livres, Jésus contre Jésus, Jésus après Jésus, Jésus sans Jésus.

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Commentaires

 

MESSAGE POUR PÂQUES

 

ABC DICTÉ AFIN ZÈLE ÉGLISE CESSE FAIRE DE MOI MARTYR.

BIEN ABC POUR PÂQUES.

C'EST ABC DE VÉRITÉ AFIN MONDE CONNAISSE VÉRITÉ DE MORT DE JÉSUS :

NICODEME ET JOSEPH D'ARIMATHIE ONT SAUVÉ JÉSUS DE JUSTESSE DE MORT SUR LA CROIX.

ILS VITE SONT ALLÉS LE DÉFAIRE DE CROIX.

C'EST GRÂCE À EUX JÉSUS A CESSÉ AGONIE.

A DE MULTIPLES OCCASIONS, JÉSUS A RENDU VISITE À SES APÔTRES AFIN VÉRITÉ SOIT CONNUE.

ABC A ÉTÉ MILLE DÉFORMÉ PAR L'ÉGLISE QUI VOULAIT UN MARTYR.

POUR BIEN CONTINUER SON CHEMIN AU POUVOIR, ABC MILLE DÉFORMÉ.

VU MILLE HOMMES MAL TRADUIT ABC JÉSUS, ABC EST LOIN VÉRITÉ.

ABC A ÉTÉ TRANSMIS PAR JÉSUS LUI-MÊME, MAIS ÉGLISE A CENSURÉ ABC DE JÉSUS.

Commentaire n°1 posté par KANES le 20/05/2012 à 20h29

Concernant le Jésus historique, le texte suivant pourrait intéresser les lecteurs :

ABC POUR RECTIFIER VÉRITÉ ASCENSION

 

ASCENSION VRAIMENT ABÉRRATION.

ABC ASCENSION A ÉTÉ INVENTÉ PAR ÉGLISE AFIN DE FAIRE DE JÉSUS BON À TOUT. VU ABC DE ÉGLISE M'A BIEN VENDU DEUX FOIS, VÉRITÉ DOIT ÊTRE EXPLIQUÉE VU C'EST IMMORAL DÉCRIRE ASCENSION DE MOI comme ABC DIVIN.

ABC DIVIN BIEN DIFFÉRENT :

ÂME JÉSUS A MILLE VITE ÉTÉ ADMISE AU PARADIS APRÈS MORT NATURELLE DE HOMME ÂGÉ DE 53 ANS DÉCÉDÉ APRÈS MALADIE MORTELLE EN GRÈCE.

C'EST VÉRITÉ DE JÉSUS.

ABC DICTÉ À MESSAGER DE JÉSUS.

Commentaire n°2 posté par KANES le 20/05/2012 à 20h26

je ne comprends pas.

D'un côté un récit sur Jésus que tient l'Eglise et on comprend pourquoi il se perpétue ; de l'autre, des chercheurs sérieux dont vous rassemblez les éléments, éléments qui s'écartent de plus en plus du dogme officiel.

L'écart devient si énorme qu'il va bien y avoir un moment où on peut mettre cette vision dogmatique  en contradiction ?

bien à vous

Jean

 

Commentaire n°3 posté par Jean le 10/05/2012 à 12h22
Le dogme chrétien, tout comme le dogme musulman, sont le ciment qui a permis d'élever, puis de faire tenir ensemble, des civilisations. En tant qu'acteur politique majeur , le Xme a disparu de l'Occident . Son dogme n'intéresse plus personne, il n'est plus moteur civilisationnel. Aujourd'hui l'Occident a bien autres choses en tête, il s'en f... ! Pour l'islam, le dogme est encore un tabou moteur (jusqu'à quand ?) En Occident, l'indifférence a tué la contradiction - sauf chez quelques personnes qui réfléchissent, comme vous et moi. Merci, M.B.
Réponse de Michel Benoit le 10/05/2012 à 14h00

bonjour

après la rédaction éblouissante de "Dieu malgré lui", vous vous devez d'analyser le Jésus de Benoit XVI. Pour mettre le doigt sur les bifurcations des interprétations, par exemple.

bien à vous

Jean

Commentaire n°4 posté par Jean le 09/05/2012 à 17h01
A quoi bon ? Le ''Jésus'' de Benoît XVI est le même que celui de Benoît VI, sera le même que celui de Benoît XXVI. Seule change la décoration de la soupière, la soupe est la même depuis x siècles, ne peut pas être autre. Pour changer de soupe, il faut changer de soupière. Ou plutôt, n'en pas avoir. Jésus tel qu'en lui-même, en plein vent... Amicalement, M.B.
Réponse de Michel Benoit le 09/05/2012 à 19h07

Je vous invite à découvrir ce qui m'a été expliqué "en direct" si je peux dire :

http://attentiondanger.over-blog.com/article-la-verite-sur-jesus-73640351.html

Il n'y a pas de meilleure source !

 

Commentaire n°5 posté par KANES le 08/05/2012 à 16h53
Merci, mais modestement je préfère comme source les évangiles... Quand on sait les lire, qu'on passe une vie à les ruminer, un tas de choses sont ''expliquées''... amicalement, M.B.
Réponse de Michel Benoit le 09/05/2012 à 19h02

Commentaire n°6 posté par Jerome le 06/04/2012 à 18h49

Que de débats passionnés, notamment autour de cette histoire du Saint Suaire qui me semble pourtant d'une autre époque.  Et dire qu'un auteur remporte un succès de librairie en resssortant de pareilles billevesées, et se fait inviter sur les plateaux de télé.  A lire aussi la critique de ce livre par Guy Rachet dans le dernier bulletin du Cercle Ernest Renan, qui publie également la critique de Michel Benoît. A propos que pensez-vous de la position de Didier Long (exposée lors de votre débat avec lui sur France Protestate) sur son interprétation  des propos et attitudes de Jésus, qu'il juge si je me souviens bien très en ligne avec les attitudes pharisiennes? Félicitations à vous pour votre prestation.

Commentaire n°7 posté par castel le 14/01/2012 à 11h34

Je ne me souviens plus de ce qui a été dit lors de cette émission, que j'ai trouvée fort mauvaise ! Et je trouve votre calembour, "France Prostate", involontairement méchant mais fort drôle.

Amitié

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 16/01/2012 à 09h45

Bonjour Monsieur, merci pour votre travail sincère, considérable et remarquable. J'ai lu avec grand intérêt, entre autres, "Dieu malgré lui" et "Jésus et ses héritiers".

1 - Je souhaite savoir si vous avez eu de la part de vos confrères exégètes les plus "pointus" des avis sur les thèses que vous exposez quant aux rôles respectifs de Pierre et de Judas.

2 - Je me demande -- pardonnez moi -- si vous n'accordez pas une importance excessive au pouvoir de guérisseur de Jésus, au détriment de la prudence scientifique. (Guérison de l'aveugle de naissance !). Là aussi, comme pour les soi-disant "miracles" (marche sur l'eau), la part de l'affabulation et de la déformation ultérieurs doit être considérable.

Un grand merci par avance pour votre réponse.

 

Commentaire n°8 posté par Claude Marec (Mr) le 05/01/2012 à 09h10

1) Non, aucune réaction. Pour 2 raisons : 1- il reste très peu d'exégètes chercheurs, la génération des années 50 n'a pas été remplacée 2- Je tire de la recherche des conclusions qu'ils ne peuvent avaliser, parce qu'ils font partie d'une Église (ce qui n'est plus mon cas)

2) Le pouvoir de guérisseur de Jésus est massivement attesté dans les évangiles. C'est lui qui a fait connaître Jésus dans son milieu, jusqu'à Hérode, et c'est à cause de lui que le sanhédrin a condamné Jésus. Restait à l'expliquer ! Il y avait bcp de guérisseurs à l'époque. Question : en quoi Jésus était-il original par rapport à ces guérisseurs ? J'ai tenté de répondre à cette question.

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 09/01/2012 à 10h57

Merci, J'ai commencé à lire l'introduction de ce livre que j'ai offert à quelqu'un et me suis rendu compte de ce que vous dite. Merci d'avoir confirmé mes pensé sur le sujet!

Commentaire n°9 posté par lore le 04/01/2012 à 23h12

You are welcome ! M.B.

Réponse de Michel Benoit le 09/01/2012 à 10h44

Entre le Jésus historique et le Christ de la foi on éprouve des difficultés à trouver des similitudes .

Le Jésus historique s'est "imposé" durant plus ou moins trois ans alors que le Christ de la foi s'est construit durant des périodes s'étalant en années ou en siècles .

Les quatre évangiles auxquels nous nous référons semblent décrire presque exclusivement le Christ de la foi ,ce qui ,me semble-t-il, les rend moins crédibles . Est-ce votre avis ? Tout en étant moins crédibles ,ils constituent toutefois notre référence principale. Comment y distinguer "le bon grain de l'ivraie" ? Je sais que vos recherches visent à faire revivre l'homme-Jésus .

A la lecture des évangiles je me dis souvent : mais ,après tout, Jésus  a-t-il bien dit cela ou est-ce déjà un apport théologique ( ou christologique) couvrant des paroles authentiques ? Est-ce déjà une forme de manipulation ,d'instrumentalisation ? Cette attitude conduit évidemment à une lecture plus réservée des textes.

Commentaire n°10 posté par Olivier le 01/01/2012 à 20h01

Votre question est passionnante, elle montre que vous avez déjà fait bcp de chemin. Y répondre, proposer une seule "paire de lunettes" à chausser pour lire les évangiles et faire le tri entre ce qui est de Jésus, et ce qui vient des évangélistes, serait impossible : c'est une question de cas par cas.

Disons, en règle générale, que tout ce qui est "paraboles" dans les évangiles est le plus souvent parole authentique de Jésus (parfois réinterprété, comme la parabole du fils prodigue de Luc 15, mais uniquement la 2° partie). Certaines sentences aussi, quand elles sont typiquement juives (il faut alors bien connaître le contexte du judaïsme de l'époque de Jésus !). Dans "le silence des oliviers", je me suis efforcé de faire ce tri et de n'utiliser que des paroles qui remontent le plus vaisemblablement à Jésus lui-même.

Bonne lecture ! M.B.

Réponse de Michel Benoit le 09/01/2012 à 10h44

Monsieur Benoit,

L'indocilité vis à vis de la doctrine officielle de l'église catholique, dont vous avez subi les conséquences(heureusement pour vos lecteurs) est aujourd'hui relayée par une autre institution qui devrait pourtant être plus repectueuse des lois qu'elle élabore et est censée appliquer: l'Etat.

Je veux bien sûr parler de la loi récemment votée par l'Assemblée Nationale, réprimant la négation du génocide arménien par les turcs.

J'ai pensé que vos lecteurs et vous même, seriéez intéressés par l'appel de Blois de l'assosiaation Liberté pour l'Histoire, que je recopie ci dessous.

Dans le cadre des Rendez-vous de l’Histoire de Blois consacrés en 2008 aux Européens, Liberté pour l’Histoire invite à approuver l’appel suivant :

Inquiets des risques d’une moralisation rétrospective de l’histoire et d’une censure intellectuelle, nous en appelons à la mobilisation des historiens européens et à la sagesse des politiques.
L’histoire ne doit pas être l’esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de mémoires concurrentes. Dans un État libre, il n’appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique et de restreindre la liberté de l’historien sous la menace de sanctions pénales.
Aux historiens, nous demandons de rassembler leurs forces à l’intérieur de leur propre pays en y créant des structures similaires à la nôtre et, dans l’immédiat, de signer individuellement cet appel pour mettre un coup d’arrêt à la dérive des lois mémorielles.
Aux responsables politiques, nous demandons de prendre conscience que, s’il leur appartient d’entretenir la mémoire collective, ils ne doivent pas instituer, par la loi et pour le passé, des vérités d’État dont l’application judiciaire peut entraîner des conséquences graves pour le métier d’historien et la liberté intellectuelle en général.
En démocratie, la liberté pour l’histoire est la liberté de tous.  

Pierre NORA, président de Liberté pour l’Histoire.


Commentaire n°11 posté par GILLERON Bernard le 25/12/2011 à 14h43

Houlllah ! Je ne m'aventure pas, cher monsieur, sur ce terrain piégé. N'étant qu'un petit ouvrier des textes anciens, et un amoureux de l'homme dont ils parlent...

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 09/01/2012 à 10h35

Effectivement je n'oublie pas que derrière les portes et les fenêtres qu vous ouvrez, vous faites découvrir et revisiter l'homme-prophéte Jésus qui irradie de la Joie immanente du désir essentiel. Merci encore pour votre travail.

Commentaire n°12 posté par peter le 18/12/2011 à 10h47

Effectivement , je n'oublie pas que derrière les portes et les volets que vous ouvrez , vous faites découvrir et revisiter l'homme-prophéte Jésus qui irradie de la Joie immanente du désir essentiel.  Encore merci pour votre travail.

Commentaire n°13 posté par peter le 18/12/2011 à 10h45

Dons son livre il est évident que J.C Petitfils fait tout pour nous ramener dans le giron de « l’Eglise ».

Ses remerciements au début de l’ouvrage s’adressent essentiellement à des théologiens, philosophes, exégètes et autres  au service de « l’Eglise ».

Je suis aussi atterré que Michel Benoit par des affirmations qui parfois ne citent personne ou extrapolent des sources sures.L’exuse étant que ce livre est un ouvrage de vulgarisation pour croyants et incroyants. La belle affaire ! Le but est de coller au « catholiquement correct ».

Le but exégétique, lui, est d’extirper des textes les enseignements de Jésus aussi proches que possible du réellement dit.

Petitfils veut convaincre les hérétiques que nous sommes que la pratique exégétique ne sert à rien si ce n’est qu’à confirmer ce que « l’Eglise » nous serine depuis des siècles.

Escroquerie intellectuelle et érudition au service de la manipulation. Si ces livres sur Louis XIV, Louis XVI etc… sont de la même engeance, l’Histoire a beaucoup à perdre.

Dans la foulée, j’ai relu « Dieu, malgré lui » qui s’avère un chef-d’œuvre à coté. (Un petit opuscule de maj. serait le bienvenu en effet).

Bonne émission le 24/12, si celle-ci est toujours maintenue, je serai à l’écoute…

Amicalement

HC

Commentaire n°14 posté par Henry CORRE le 18/12/2011 à 09h17

Le "petit opuscule de mise à jour", vous le trouverez dans "Jésus et ses héritiers" (Albin Michel). Mise à jour sur ce qui a le plus chatouillé les cathos bon, teint : mon hypothèse sur les rôles respectifs de Judas & Pierre dans la trahison, mais aussi sur Marie-Madeleine, le disciple bien-aimé, la personnalité de Pierre, etc...

Bonne lecture ! M.B.

Réponse de Michel Benoit le 18/12/2011 à 10h32

Pour répondre aux différents intervenants sur cet article , je préconise toujours de lire Paul Diel: "le symbolisme dans l'Evangile de Saint Jean", "le symbolisme dans la Bible", "la divinité" , vous trouverez des réponses psycho-symboliques profondes qui peuvent aider à dépasser le cadre  littéral en gardant l'historicité et enthousiasmer l'esprit. "La lettre tue, l'esprit vivifie" (Saint-Paul). C'est toute la philosophie de cet auteur méconnu qui est a (re)découvrir de façon urgente.Les livres de Michel Benoit ouvre les portes et les volets sur l'histoire chrétienne et ceux de Diel emplissent la piéce d'une Joie immanente, mystèrieuse et suconsciemment "Christienne" (mythe chrétien qui clôt la période mythique).

Commentaire n°15 posté par peter le 17/12/2011 à 15h41

Merci.

N'oubliez jamais qu'à l'arrière-plan des "livres de Michel Benoît", il y a toujours une personne, celle du prophète galiléen...

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 18/12/2011 à 10h28

J'apprécie votre critique d'ensemble et notamment cette manière des "Quêtes" classiques dites "du Jésus historique" de vous emporter dans un tournis d'érudition réelle ou apparente pour... noyer le poisson!

Je dirai de (JC !) Petitfils : Petitpère et Petitesprit !

Et cependant sur Jean et son évangile, il n'est pas loin de la meilleure solution...

Commentaire n°16 posté par René Pierre BOULLU le 16/12/2011 à 22h34

J.C. Petitfils n'est certainement pas un "petit esprit" : sa culture est immense, son talent d'écrivain reconnu, et je ne doute pas de sa générosité. Mais il fait partie de ces défenseurs de la légende chrétienne, qui en rajoutent avec une redoutable subtilité !

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 17/12/2011 à 09h02

Je ne doute pas du tout de votre talent de gros lecteur et chercheur consciencieux, ainsi que de « synthétiseur » bien intentionné agréable à lire. Et je vous en suis reconnaissant.

Mais nous ne disposons pas, que je sache, des écrits ou des interviews de Jésus et de Siddartha, pas plus que de Mohamed ; et l'authenticité de ce qu'ont écrit les disciples plus ou moins adulateurs une centaine au moins d'années est sujet à caution.

Est-il impensable de conduire efficacement son évolution spirituelle, vie après vie, sans s'appuyer sur des maîtres réels ou supposés plus ou moins vieux, tout en étant modeste ?

Sagement, donc y compris équanimement (ce qui ne s'obtient pas aisément) aimer/aider le plus possible autour de soi, de sa propre initiative ou en répondant à une demande, en ayant un train de vie qui n'insulte pas l'intelligence et la misère, c'est déjà une bonne base de spiritualité théiste, non. ? Pas besoin de maîtres, fussent-ils vivants en 2011, pour comprendre et s’efforcer de réaliser çà de plus en plus. Jusqu'à sa dernière vie où on sera tellement aimant tt sage toutes nos secondes éveillées pour le moins que nous pourrons nous immerger dans notre Source sans faire tache.

Commentaire n°17 posté par Jean-Marie le 16/12/2011 à 19h07

C'est le rôle de l'axégèse et de l'Histoire de retrouver, derrière la patine des siècles, le ou les messages d'origine. Elles y parviennent de mieux en mieux, avec un coefficient d'erreur toujours plus réduit.

Impensable, non bien sûr. Chacun est seul face à sa destinée. Beaucoup gagnent du temps à profiter de l''expérience des maîtres du passé : le monde ne commence pas avec notre naissance !

Bonne route, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 17/12/2011 à 08h54

Le tort du catholicisme a consisté à n'avoir jamais eu le courage d'établir une distinction nette entre le symbolisme ,les images et les faits historiques .

C'est à la "maturité " que chacun ,par une analyse critique ,tente de faire la part de choses .La théologie devra bien un jour quitter ce "petit catéchisme" de l'enfance sous peine de ne plus être crédible . Un passage d'une religion de l'enfant à une religion de l' adulte lui sera vital .

C'est évidemment plus confortable d'en rester à une religion transmise de maître à élève , jamais remise en question sinon confortée .

Commentaire n°18 posté par Olivier le 16/12/2011 à 17h36

Toute religion se nourrit de symbolisme ! On est frappé, en redécouvrant la personne de Jésus, de voir à quelo point il a été anti-clérical (voyez "Dans le silence des oliviers).

M.B.

Réponse de Michel Benoit le 17/12/2011 à 08h50

Votre site que je continue de suivre m 'a plus apporté encore que votre livre « Dieu  malgré lui » qui m'a un peu déçu, car vous me semblez mériter la même critique (constructive, n'en doutez pas) que vous faite à M. Petit : vous appuyez finalement sur du certain que vous avez d'abord présenté comme probable.

J'hésite donc à acheter d'occasion pour m'enrichir de vos dernières lectures et recherches votre dernier ouvrages que vous présenter comme une version améliorée. Dans le but de conforter le bien fondé de mon abandon du christianisme set aussi de pouvoir peut-être aider un interlocuteur solide, en évitant de déstabiliser des esprits faibles ou, par exemple, un vieux prêtre de mes relations.

Comme déjà dit ici, il (vous?) faudrait écrire un dictionnaire du 1er siècle du christianisme et du Nouveau testament avec les critères « historique, probable, faux » accompagnés à chaque fois de références solides .

Vous vous êtes libérés du dieu inventé par le christianisme et vous êtes resté, si je ne me trompe, théiste.

Mais vous me donnez , peut-être à tort, l'impression d'être resté prisonnier de Isho'bar Yawsep (Jésus fils de Joseph en araméen phonétique) qui vous a, si j'ai bien compris, rapporté pas mal d'argent, après des travaux quotidiens ne l'ayant pas volé.

Bouddha (enfin Gautama, car il en fut d'autres de bouddha) comme Jésus, dont on ne connaît pas et ne connaîtra jamais les propos authentiques, de l'un comme de l'autre, n'apportent finalement rien d'essentiel et d'indispensable et sans égal à la conduite de nos vies successives qui nous mènent à un état d'altruiste tel que nous le seront toutes nos secondes éveillées pour le moins, sinon dans nos rêves. Avant de retourner au sein de notre Source, sans donc y faire tâche puisque devenu amour « comme » Lui/Elle.

Evidemment que chacun peut inventer en s’illusionnant totalement son inspiration divine ; tout comme on peut sincèrement prier Jésus, et le Saint-Esprit et Marie et les saints , alors qu'ils ne sont pas ce que les christianisme « orthodoxe » enseignent et n'ont donc logiquement pas être priés. Il y en a même qui sont sincèrement persuadés d'entendre Jésus sans fonder pour autant une nouvelle religion .

Mais compter sur son intuition plus ou moins éclairée, sans négliger quelques bonnes lectures, pour définir modestement sa propre doctrine et ligne de conduite spirituelles est possible.  Ca ne nécessite que quelques mots et/ou quelques lignes.

Pas besoin du mythique et improuvable authentique enseignement de Jésus ou d'un autre pour çà.

Ceci dit, j'espère que votre livre sur l'Islam sera rapidement édité, car il est aussi utile à l’intérêt général de la planète de se libérer des islams que de se libérer des christianismes comme des judaïsmes;  en démontrant l'inauthenticité. Même s'il arrive que ces religions inventées par des hommes portent d'admirables fruits, non pas au sens intellectuels, mais en fait d'amour intense de leur prochain qui est notre raison d'être.

Et tant mieux pour vous si ça assure encore plus le confort de votre retraite, puisque votre appétit de lectures et de recherches et de synthèses nous est potentiellement profitable ; à moins que vous soyez victime d'une fatwa ce que je ne vous souhaite en aucun cas évidemment.   

Commentaire n°19 posté par Jean-Marie le 16/12/2011 à 10h06

"Dieu malgré lui" a été écrit entre 1995 et 2000 : je ne disposais pas alors des recherches menées aux USA, publiées juste après ou difficiles à trouver en France. Depuis la publication de "Dieu malgré lui", j'ai continué à travailler. Ce que je présentais alors comme "probable" s'est révélé "assuré" par la recherche : autrement dit, mes intuitions avaient été bonnes. C'est pourquoi "Dieu malgré lui" reste un livre de référence.

Effectivement, je publie dans mon blog l'état d'avancée de mes travaux, avec l'écho des recherches plus récentes. Mon souci est d'être lisible par un public assez large, d'où deux romans, "Le secret du 13° apôtre" et "Dans le silence des oliviers" Le premier a été suivi par "Jésus et ses héritiers", techniquement bétonné. Si vous les lisez ou les faites lire, n'oubliez jamais que derrière, il y a des années de recherche !

Je n'écris pas pour gagner des sous, mais par passion (voyez dans ce blog l'article "Passion écrivain"). Si cela me rapporte des droits d'auteur, il faut les diviser par le nombre d'années passées à étudier pour parvenir à publier : le revenu pondéré  sur 20 ans n'incite pas à choisir le métier d'écrivain !

Plus je le découvre, plus le message & l'homme Jésus me paraissent apporter quelque chose dont nous (je) avons besoin aujourd'hui. De même pour Siddhârta Gautama. Connaissez-vous d'autres maîtres aussi efficaces que ces deux-là ? Moi, pas.

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 16/12/2011 à 11h47

Bravo ! Merci pour cette re-lecture saine du livre de JC Petitfils. Pour l'histoire il s'appuie sur Suétone, Tacite, Pline qui ne parle que du mouvement chrétien sans jamais cité Jésus,  d'un certain chrestus(qui n'est pas christos) à Rome et du contreversé passage de Flavius Joseph. C'est toujours tout ce que l'on a comme sources externes. Si les rites d'enssevelisement juifs utilisent les bandelettes ,il faut les rappocher des rites égyptiens passés chez les judéo-hellénistes(quelque sources en parle).Si le  corps de Jésus s'était dematérialisé, les bandelettes et le suaire ne se seraient pas retrouver mis de côté, à part, tout serait rester en place, même la pierre du tombeau !  C'est là le problème-mystère...

Commentaire n°20 posté par peter le 15/12/2011 à 14h40

En effet. J'ai tenté de lever le mystère dans "Dieu malgré lui", et l'hypothèse que je propose (le corps de Jésus enlevé par les ésséniens) est la seule qui tienne la route.

Amicalement, M.B.

Réponse de Michel Benoit le 16/12/2011 à 11h33

Michel Benoît



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