Samedi 19 janvier 2008

                                   Une lettre d'Ingrid Betancourt à chacun de nous

 

 

            Les éditions du Seuil viennent de publier la Lettre d'Ingrid Betancourt, adressée à sa Mamita, à ses enfants, à ses proches.
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            Cette lettre, c'est pour chacun de vous qu'elle a été écrite, c'est pour moi.

            Toutes affaires cessantes, procurez-vous ce petit livre. Qui que vous soyez. D'où que vous veniez, quelles que soient vos opinions, vos croyances, vos préjugés, vos joies ou vos peines. Vos indifférences.
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            J'ai moi-même été jeté en prison pendant neuf mois, accusé par la police fédérale indienne de crimes monstrueux [1]. Je croyais avoir fait escale en enfer : comparé à celui d'Ingrid, mon enfer fut une promenade de santé, toute comparaison est insupportable.

            Plus encore que des conditions de vie abominables, dans lesquelles elle survit avec une incroyable énergie, ce dont elle souffre, dans chaque cellule de son corps épuisé, c'est de l'absence des siens. Sa lettre, écrite sur ses genoux, est le plus bel hymne à l'amour que j'aie jamais lu ou entendu. Lisez-la : vous comprendrez qu'on ne trouve plus de mots.
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            Ma souffrance en Inde ne fut ni l'enfermement, ni la dalle de béton sur laquelle je croupissais, ni la promiscuité. Ma souffrance, ce fut l'accusation. Elle me poursuivra longtemps, malgré le jugement qui m'en a déchargé.

Accusé, je me savais innocent. Et j'ai puisé dans cette conviction la force d'une rébellion intérieure contre l'accusation : mais Ingrid, elle, n'est accusée de rien. Elle n'a même pas la ressource de se dresser contre cette injustice-là. On ne la soupçonne d'aucun crime : elle n'est coupable que d'exister, dans un monde devenu fou de cruauté, un monde plus bestial que celui des fauves prédateurs.
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Lisez sa lettre : il est évident qu'Ingrid a été enlevée, puis maintenue en détention, pour ce qu'elle était. Et afin qu'elle devienne ce qu'elle est. Elle le dit elle-même : sa foi lui permet de lire sa souffrance en termes de karma, de destinée. Pas un instant elle ne se révolte contre Dieu, sa foi n'est pas seulement intacte : elle est plus forte qu'avant. Elle ose le dire à ses enfants : Soyez grands, parce que cette épreuve m'a grandie. Elle a purifié l'or qui était en moi. Elle vous révèlera, elle vous révèle déjà, les immenses richesses qui sont en vous.
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Ingrid est allée très loin dans le chemin vers l'Éveil. "Je n'ai envie de rien, écrit-elle. Je crois que la seule bonne chose, dans cette jungle, c'est ça : n'avoir envie de rien. Mieux vaut ne rien vouloir pour demeurer au moins libre de désirs"

Cette simple phrase, écrite dans l'aube glauque et humide par une femme à bout de forces, c'est un éclair fulgurant. Libre de désirs, en trois mots c'est l'enseignement du Bouddha Siddartha, c'est le cri de tous les mystiques : le rien, l'anatta, le nada, l'entrée dans la totale liberté des enfants et héritiers de Dieu.
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Allons, allez vite chez votre libraire. Après la lettre d'Ingrid, vous lirez la réponse de ses enfants. Tout cela nous rend fiers d'appartenir à l'espèce humaine, malgré ceux qui l'avilissent à chaque instant. Et nous donne un immense espoir : tant qu'il y aura des Ingrid, des Mélanie, des Lorenzo, le Radeau de la Méduse sur lequel surnage l'humanité ne coulera pas.

                        M. B. 19 janvier 2008

           


[1] Bienvenue en Inde, une escale en enfer,  La Martinière, 2004 : épuisé en librairie, encore disponible chez l'auteur.

par Michel Benoit publié dans : Coups de coeur communauté : Religions en toute liberté
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