CHRONIQUES INTEMPESTIVES

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          Le Monde du 11 août 2009 publie, en page 8, un article signé S.A. où l'on apprend que l'Église catholique songerait sérieusement à reconnaître les enfants engendrés par ses prêtres et ses prélats.

          Car un peu partout, depuis toujours, ces notables consacrés (qui ont fait promesse publique de célibat) se montrent abominablement semblables à nous, c'est-à-dire désireux de fonder une famille, et capables de faire des enfants. Lesquels ne peuvent exister, ni en droit ni même en fait, puisque le clergé est réputé chaste, comme l'était Jésus. Ce n'est pas un dogme, mais c'est la loi.


          Jusqu'à aujourd'hui, le Vatican a toujours fermé les yeux sur la vie sexuelle de son clergé. Mais les temps ont changé :
          "Il s'agit tout bonnement, poursuit Le Monde, d'une défense préventive de la part du Saint Siège, une multitude d'actions en justice pour reconnaissance de paternité venues d'Amérique Latine ou de pays européens comme l'Autriche, terres de prêtres concubins notoires, pourraient lui tomber dessus".

         
          Pourquoi parle-t-on maintenant de donner une existence légale à ces enfants, qui ont le tort d'exister tout court ?

          C'est, pensez-vous, parce que l'Église se souviendrait enfin de l'un des dix commandements de Dieu, Tes pères et mère honoreras - tes enfants reconnaîtras.

          Parce qu'elle se souviendrait, enfin, des paroles de Jésus, le Royaume de Dieu appartient à ces enfants : et à ce titre, l'enfant est sacré. D'ailleurs, Jésus les laissait venir à lui, les reconnaissait, les embrassait, les protégeait de ses Apôtres (futurs Princes de l'Église) quand ils voulaient les cacher à sa vue, les éloigner de sa présence.

          Ou parce qu'elle prendrait enfin au sérieux les "Droits de l'Homme et de l'enfant", adaptation laïque de la loi divine et évangélique.

          Donc, si l'Église songe à donner aux enfants de prêtres une existence légale, ce serait pour des motifs éthiques, moraux (la morale divine), spirituels (une spiritualité prêchée et appliquée par Jésus).



          Détrompez-vous : quand l'Église se préoccupe du statut légal des enfants de ses péchés, elle ne songe ni à eux, ni à leurs honteux parents. Elle veut prévenir un danger, continue Le Monde : "D'où l'échappatoire de la reconnaissance des faits. Sauf que, pour l'héritage, les biens personnels des prêtres seraient clairement distingués de ceux liés à leur fonction qui, eux, resteraient, quoiqu'il arrive, propriété de l'Église"


          L'objectif est sans ambiguïté : il s'agit avant tout de préserver le patrimoine de l'Église.


          En France, l'Église catholique est le deuxième propriétaire foncier après les collectivités locales. Dans les pays de vieille tradition catholique (mais aussi d'autres, Afrique de l'Ouest ou Corée du sud), son patrimoine représente une fortune tellement immense, qu'il est difficile de l'estimer avec précision.

          Beaucoup d'argent, donc beaucoup de pouvoir.


          Or, certains de ces pays, après avoir connu une indéfectible (et juteuse) alliance de l'Église et de l'État, ont adopté des lois de propriété et de succession qui veulent ignorer la personnalité juridique du clergé : c'est le cas, notamment, de la France.
          D'autres considèrent l'Église comme une fille cadette, longtemps à peine tolérée (USA, parfois Mexique). D'autres enfin ont une longue tradition d'hostilité de l'État envers le catholicisme (Russie, Asie).


          Imaginez que dans l'un ou l'autre de ces pays, certains enfants d'évêques ou de curés, à la mort de leur père, revendiquent leur part d'héritage dans le diocèse ou la paroisse ?
          Si ce père, accablé par sa mauvaise conscience, a eu le bon goût de gérer le patrimoine de l'Église sans songer à assurer l'avenir de son enfant, et s'il a eu la décence de cacher sa misérable paternité, qui donc peut assurer que l'enfant en fera autant ? Qui pourra l'empêcher de produire un test ADN, et de faire appel aux lois civiles de ce pays, soupçonné de guetter la moindre occasion pour faire un croche-pied à Rome ?


          Et si ce pays se mettait soudain à considérer que le papa-évêque (ou curé) gère le patrimoine foncier et les actifs mobiliers du diocèse (ou paroisse) sans qu'on puisse faire de différence, dans la pratique, avec la gestion d'un quelconque propriétaire ? Un État peu bienveillant pourrait ne pas faire non plus de différence entre un patron d'usine et un patron de diocèse ou de paroisse. Entre un héritier de fortune industrielle et un héritier de grand propriétaire foncier : il pourrait invoquer la loi pour donner à l'enfant le droit d'hériter de son père, comme tout citoyen.


          Le Vatican a vu là une faille, qu'il s'empresse de colmater de façon préventive : reconnaissons les enfants engendrés par notre clergé, mais à condition que "les biens liés à la fonction des prêtres restent, quoi qu'il arrive, propriété de l'Église".


          Reconnaître ces enfants, ce serait éviter une cascade de procès infamants, au cours desquels l'Église devrait batailler pour faire admettre, au cas par cas et dans un climat supposé hostile, la distinction entre biens personnels du prêtre et patrimoine de saint Pierre. Ce serait être obligé de valoriser ce patrimoine, et d'en publier le montant. Réveillant une opinion publique à qui ces chiffres ont toujours été cachés, et qui deviendrait soudain consciente d'une hypocrisie ancienne et massive, la double vie menée par une partie du clergé catholique.


          Reconnaissons donc les enfants du péché : cela nous coûtera moins cher qu'un discrédit public. C'est ce que l'Église américaine a voulu faire pour ses prêtres pédophiles, en accompagnant cette reconnaissance par les trémolos de la repentance papale.


          Diplomatie.

 
          Ce qui aura donc fait bouger l'Église, c'est l'argent.
          Ce n'est pas (on dira, bien sûr, le contraire) le souci de ses enfants, qui n'ont pas demandé à naître dans une sacristie. Ce n'est ni leur présent ni leur avenir, totalement bouchés puisque - du moins dans des pays très catholiques - ils n'existent pas, tout en ayant le tort d'exister. Ce n'est pas le droit pour eux d'avoir des parents comme tout le monde, et de leur présenter un jour leur fiancé(e) afin qu'ils le ou la conduisent à l'autel.
          Ce n'est pas l'aveu que certains au moins de ces enfants sont le fruit de l'amour, et non de la lubricité (ciel, que dis-je !) d'un clergé incapable de se contrôler.



          Au passage, est mise en lumière la véritable raison pour laquelle l'Église refusera toujours d'autoriser les prêtres mariés. Le discours officiel est connu : "Leur chasteté les rend totalement disponibles au service du Peuple de Dieu".

          Un motif pastoral et mystique ?

          Non : la sauvegarde préventive du patrimoine.


          Patrimoine dont il est inutile de rappeler qu'il est en général le fruit de la générosité des croyants. Et que ces croyants, bien souvent, ne sont pas offusqués de voir leurs prêtres leur ressembler, aimer comme eux et comme eux fonder une famille.


          Quand on est un peu historien, on ne s'étonne pas. On sait que, depuis près de vingt siècles, il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

          De Rome.


                              M.B., 11 août 2009

Et l'on se demande si tout cela vaut le temps qu'on vient de passer à s'en occuper.

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          Enfin parvenu au terme de l'écriture d'un roman (qui ne sera jamais publié, tant il est mauvais), je reviens à ce blog par une réflexion de vacances.


          L'humour, c'est comme l'amour, c'est bon quand on le fait : mais dès lors qu'on se met à en parler, il cesse d'exister.
          Vouloir le définir, c'est déjà montrer un cruel défaut de pratique.
          Il a ceci de commun avec Dieu, qu'aucun mot ne peut le dire. Et comme Dieu, c'est lorsqu'il vient à manquer qu'on s'aperçoit de son existence.


I. Les français, ou l'impossible humour

         
          Les anglais ont-ils inventé l'humour ? Voltaire (lettre de 1762) : "Les anglais on un terme, humour qu'ils prononcent youmor. Ils croient qu'ils ont seuls cette humeur, et que les autres nations n'ont point de terme pour exprimer ce caractère d'esprit"
          Je ne sais si "les autres nations" manquent de "ce caractère d'esprit", mais les français en sont fort dépourvus. Oh ! En cherchant bien, on trouvera quelques phrases de Montaigne, de Flaubert et même de Stendhal. Mais notre "caractère d'esprit" national a été façonné par deux monstres sacrés.


Rabelais, ou la gauloiserie


          Premier grand roman en langue françoise, le cycle de Gargantua implante chez nous le comique gaulois : "Plus c'est énorme, et plus c'est drôle" ! Hénaurme, le récit de la naissance de Gargantua, hénaurme la meilleure façon de se torcher le cul, celle "qui cause au fondement une volupté bien grande".
          La postérité de Rabelais se retrouve, vivante, chez Coluche, De Funès, Fernandel - les comiques préférés des français. En passant par Molière, Mirabeau, Beaumarchais puis le vaudeville, Feydeau, Labiche... Toujours, on se moque des autres, jamais de soi : le pauvre se moque du riche, le manant du nanti, le sot du savant (surtout si c'est une femme savante), le sujet se moque du pouvoir... Le comique gaulois est une satire de la société, il deviendra le premier moteur de la Révolution de 1789.

 
Voltaire, ou l'ironie

          Jeu de l'esprit, l'ironie devient au XVIII° siècle une arme meurtrière. On tue d'un bon mot, d'une pointe assassine. Elle est brillante, scintillante, elle lance des éclairs - comme la lame d'une épée.
          C'est une arme d'attaque, plus que de défense. Sa postérité se retrouve chez Sacha Guitry, Thierry Le Luron, Guy Bedos... Elle sera le second moteur de la Révolution de 1789.

          Comique gaulois, ou ironie : attaque, ou défense. Notre "caractère d'esprit" est tourné vers les autres - ou contre les autres. Les français ne se moquent pas facilement d'eux-mêmes (Devos fait exception, mais il est belge). Et comment se moquer de soi, quand on se croit fils naturel d'Henry IV, enfant de droit de Louis XIV, petit-fils de Grognard napoléonien, et qu'on est pour toujours nostalgique de la Grandeur de la France ?
          L'humour consiste d'abord à ne pas se prendre au sérieux - et encore moins, au tragique. Or, nous nous prenons terriblement au sérieux, et quand "ça ne va pas" comme il faudrait, l'Acte III du drame et ses larmes sont tout proches.

          Prenons la même situation, vécue de chaque côté de la Manche.
          Madame du Barry, ancienne maîtresse de Louis XV, monte à l'échafaud. Que dit-elle ? "Oh ! Monsieur le bourreau, s'il vous plaît, encore un instant !". Ému par un destin si tragique, je pleure.
          Thomas More monte à l'échafaud. Que dit-il ? "Monsieur le bourreau, veuillez m'aider à monter je vous prie, car pour descendre je me débrouillerai bien tout seul". J'admire, en souriant.
          Pierre Desproges apprend qu'il est condamné : "Plus cancer que moi, dit-il, tu meurs"
          Ruiné, misérable, Oscar Wilde agonise. Profitant de ses derniers instants de lucidité, le médecin lui présente sa note d'honoraires : "Décidément, dit Wilde, je meurs encore au-dessus de mes moyens".
          Le "caractère d'esprit" d'une nation se définit par des mots devenus célèbres :
          François I°, battu par les Italiens : "Madame, tout est perdu, fors l'honneur !" Défait, le coq gaulois fait le bravache, surtout devant une femme.
          Un lendemain de tempête, gros titre du Times : "Storm on the Channel : the Continent isolated". Alors au faîte de sa puissance, l'Angleterre se moque d'elle-même : c'est le Continent qui aura bien du mal à vivre sans elle.

          Allez, admettons-le : l'humour n'est pas notre tasse de thé. Nous ne le pratiquons guère, et en reprochons l'usage à ceux qui ne peuvent pas vivre sans lui.
          Dont je suis.


II. Dieu a-t-il de l'humour ?


          Il n'y aura jamais de réponse à cette question. Car nous ne savons de Dieu que ce qu'en ont écrit les auteurs des Livres sacrés. Tous, ils étaient ou se prétendaient théologiens.
          Dieu rit-il de lui-même ? La question aurait mené son auteur sur un bûcher. On ne plaisante pas avec Dieu, et encore moins avec la religion.

 

 

III. Jésus avait-il de l'humour ?

          Là, nous pouvons avoir une réponse, puisque Jésus (à la différence de Dieu) est un personnage historique. Certes, ceux qui ont raconté ses faits et gestes étaient eux aussi des apprentis théologiens, guidés pas une ambition féroce, créer une nouvelle religion en utilisant l'homme de Galilée comme porte-drapeau et alibi.
          Mais la personnalité de Jésus suinte à travers les Évangiles.
          Son mode d'enseignement, d'abord : les paraboles sont ce qui s'approche le plus du Jésus historique. Petits drames admirablement ciselés, mais aussi parfois comédies dont Molière n'aurait pas eu à rougir. Le regard que Jésus porte sur la société qui l'entoure est plus celui de l'humoriste que du dramaturge. L'absurdité des situations (les paraboles "financières"), le triomphe du petit (la brebis contre le troupeau), la déconfiture des possédants (le propriétaire qui découvre de l'ivraie dans son champ), sont des ressorts de l'humour. De même la façon dont Jésus renvoie dans leurs buts les théologiens (la femme et ses sept maris), dont il guérit un jour de Sabbat, dont il pardonne la femme adultère...
Son attitude, aussi, face à ses disciples, qui ne comprennent rien à rien et ne pensent qu'aux honneurs à venir. Ses paroles enfin à Gethsémani ("Laissez ceux-là partir") et face au soldat qui le gifle...
          Jésus avait de l'humour.
          Et sans cela, comment aurait-il pu se dresser contre Le Mal, comme il l'a fait ?
          Qu'il me pardonne si, disciple transi, je n'ai pas encore compris...

                                              M.B., 16 août 2008.

 

 

 

 

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      Le monde est en feu, ô moines !, s'exclamait un jour le Bouddha Siddhartha. Cinq siècles après lui, et dans un tout autre contexte, le Bouddha Jésus soupire : Je suis venu allumer un feu sur la terre, et comme je suis impatient de le voir prendre !
      
L'impatience dont font preuve les Éveillés est une constante : ils ont vu, ou ils voient. Ils souffrent des pesanteurs de ceux qui ne "voient" pas, qui ne veulent pas "voir". Parfois, ils se taisent : le plus souvent, ils meurent d'impatience.

       Notre situation est particulière.
       Nous avons créé un tintamarre médiatique qui accentue notre surdité. Depuis les faux-plafonds dorés, sur les tapis rouges, des paillettes tombent en pluie sur les pipol et ensevelissent les prophètes. Comme un taureau dans l'arène, nous sommes étourdis par les muletas des faiseurs de spectacle. Et nous ne savons plus où donner de la tête.

       Quelques uns prennent la peine de s'asseoir. Nul ne sait si ce sont des Éveillés, mais ils vivent à contre-courant. Au milieu d'informations qui n'ont jamais aussi été aussi abondantes, d'idéologies aussi réaffirmées, ils tentent de faire le tri. D'apercevoir quelques grands axes directeurs. Ils creusent, patiemment, l'une ou l'autre question centrale. Ce sont des économistes, des défenseurs de l'environnement, des chercheurs en sociologie, en politique, en biologie, en physique, en histoire, en exégèse.
       Le plus souvent et sans le savoir, ils se rejoignent dans le souci de la beauté et de la dignité de l'humain.
       Lorsqu'ils font entendre leur voix, c'est au milieu de l'immense vacarme des nouvelles vraies ou fausses, des dogmes anciens ou nouveaux, et des crispations qu'ils suscitent.

       Car tout va très vite, de plus en plus vite. Un monde a disparu sous nos yeux. Nous n'avons plus le temps des nuances, de la réflexion apaisée : il faut crier pour se faire entendre. Nous sommes soumis à des chocs permanents : pour être écouté, il faut choquer.
       Nous vivons dans l'urgence des temps en train de s'accomplir.

       Quelques grands Éveillés du passé ont vécu en des périodes semblables aux nôtres : un monde était en train de mourir sous leurs yeux. Siddhartha, Jésus, Gandhi ou Martin Luther King, ils ont choqué : devant l'urgence qu'ils percevaient, le temps des précautions verbales leur a semblé révolu.
     Le monde est en feu ! Malheur à vous, pharisiens ! Quit India now ! I have a dream ! : ils n'ont pas pris de gants.

       Qu'ils soient grands ou petits, on reproche aux bousculeurs de l'ordre établi leur véhémence, ce côté un peu abrupt, leur manque de "rondeur", leurs impatiences.

       J'envie Socrate, dont la légende dit qu'il a longtemps partagé sa méditation tranquille à l'ombre d'un pin parasol, entouré de quelques auditeurs avertis dont les questions mesurées l'aidaient à formuler sa pensée, tout en l'enrichissant au rythme paisible des jours.
       Par la profondeur irénique de sa recherche, il voulait échapper à l'urgence : il a quand même dû se suicider.

                                        M.B., 16 mars 2008

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                        NICOLAS SARKOSY ET LA LAICITÉ

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            Je fais partie des nombreux électeurs de M. Sarkosy qui sont profondément  agacés par les paillettes dont il s'asperge, comme un éléphant de sa trompe. Notre président a oublié que les français sont attachés à la modestie du pouvoir, ou du moins à ses apparences.
.

            Mais passons, et intéressons-nous au franchissement d'un autre tabou, encore plus sensible : celui de la laïcité à la française. Pourquoi prend-il ce risque, quel profit en espère-t-il ?

            Créditons (à titre d'hypothèse) le président d'une vision politique. L'une des erreurs les plus flagrantes de Karl Marx, c'est d'avoir proclamé que la religion n'était que le produit de la lutte des classes. Le communisme s'est effondré, et les religions font un retour en force, devenues un paramètre incontournable de l'échiquier politique mondial.
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            M. Sarkosy sait qu'il n'a rien à craindre du débonnaire archevêque de Paris, ni d'un catholicisme français exsangue. Ce qu'il vise, c'est un islam communautariste dont les métastases gangrènent nos banlieues. Et c'est peut-être, qui sait, un évangélisme américain qui vient de prendre le pouvoir à la tête de la Fédération Protestante de France.
.

            Alors qu'il n'était encore que Bonaparte, Napoléon avait compris que la religion ne peut être ignorée. Qu'en rejetant l'Église catholique triomphante, les hommes des Lumières (qui n'y ont jamais songé) risquaient de porter atteinte à Dieu, ou à l'idée que les citoyens s'en font. La greffe de l'Être Suprême n'ayant pas pris, il a rendu toute sa place à la bonne vieille Église catholique - pour mieux la contrôler.
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            Je ne vois dans la remise en cause sarkosiste de notre laïcité qu'une attitude bonapartiste. En 1802, l'Église catholique occupait seule le terrain, pouvoir encore considérable : le monde a changé, la montée de l'islam s'accompagne d'un assèchement de nos racines chrétiennes. De même que Bonaparte donna un sacré coup de pouce à une Église éprouvée par la Révolution, Sarkosy invoque son passé glorieux. La préoccupation est la même, elle est strictement politique : tenter d'équilibrer un rapport de forces, pour avoir la paix sur ce front-là.
.

            Vous me direz que M. Sarkosy parle beaucoup de "Dieu", et non de "religions" : mais comment faire autrement ? Puisque les religions se sont emparée de ce mot pour qualifier Celui-qu'on-ne-peut-nommer (Livre de l'Exode, 3,14), afin de mieux se servir de lui.

            Les Églises ont manipulé "Dieu" pour établir leur pouvoir sur les hommes ? M. Sarkosy invoque "Dieu" pour que les Églises, y compris musulmanes, n'échappent pas au pouvoir de la République.
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            Après tout, c'est de bonne guerre.

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                                   Et ceci n'est qu'un "propos intempestif"     M.B., 23 janvier 2008

           

 

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     Absorbé par l'écriture d'un (petit) livre à paraître chez Albin Michel en mars 2008, je manque de temps pour alimenter ce blog. Juste un petit "propos intempestif".

     Il est rare qu'un Président de la République s'adresse à l'ensemble des éducateurs de France pour leur proposer une réflexion fondamentale, la sienne. De la Lettre aux Éducateurs de Nicolas Sarkosy (04 septembre 2007), texte manifestement pensé et pesé, je voudrais extraire quelques lignes.

 

1) Le constat :

     "La culture commune qui se transmettait [jadis] de génération en génération... s'est effritée au point qu'il est plus difficile de se comprendre [aujourd'hui]"

     Le sentiment, de la part des jeunes, de ne pas être compris par les vieux et de ne pas les comprendre, est aussi ancien que l'humanité : on en a des témoignages dès l'antiquité grecque. Et les Romantiques ont fait au XIX° siècle non pas un, mais plusieurs "Mai 68".

     L'incompréhension entre générations : vieille histoire.

     Nicolas Sarkozy attribue l'expression actuelle de ce malaise bimillénaire à l'évolution extraordinairement rapide des connaissances, des techniques, d'un savoir exponentiel - évolution à laquelle nous assistons depuis quelques dizaines d'années.

     Tout le monde en convient. Mais il y a aussi, en-deçà, une autre cause qu'il ne fait qu'effleurer en parlant d'effritement. Une cause qu'il ne peut pas nommer, parce qu'elle est politiquement incorrecte.

 

2) Effritement, ou effondrement ?

     Quel était le fondement de notre culture, en quoi consistait son identité profonde, transmise d'une génération à l'autre, d'un siècle à l'autre jusqu'au nôtre ?

     Qu'on le veuille ou non, que cela nous plaise ou non, notre culture commune a été pendant 20 siècles totalement imprégnée par le christianisme. Toute la connaissance a été élaborée et véhiculée à l'intérieur du cadre fixé par le dogme chrétien.

     Soit pour l'exprimer, le justifier en s'y conformant.

     Soit pour le critiquer, le rejeter en s'y opposant.

     Le christianisme a été, jusqu'à une époque récente que les "vieux" ont encore connue, la référence (positive ou négative) de notre culture sous toutes ses expressions, de nos connaissances sous toutes leurs formes, et de leur transmission.

     Un phénomène nouveau s'est produit pendant la fin du XX° siècle. Un phénomène qu'aucun de nos pères n'avait rencontré, qui nous laisse démunis parce que nous n'en avons jamais encore fait l'expérience :  L'écroulement du christianisme dans son expression traditionnelle.

     Le fondement identitaire de nos façons de penser, de nos savoirs, de notre tissu culturel, ne s'est pas "effrité" récemment : il s'est effondré.

     Un gamin de seize ans aujourd'hui n'a plus (sauf rare exception) aucune idée de ce que fut un christianisme avec lequel il n'a jamais été en contact, ailleurs que par des téléfilms ou des publicités de fromages. Il est comme un bateau privé de quille : il va où le vent le pousse, et le vent sur cette planète souffle en tourbillons de plus en plus violents, de plus en plus anarchiques.

     Éduquer, c'est apprendre aux jeunes à laisser un sillage droit et ferme derrière leur avancée. Quel sillage un bateau laissera-t-il, sans sa quille ? Un zig-zag.

 

3) La coque sans la noix :

     Garant de la paix laïque, N. Sarkosy conclut son constat inachevé :

     "Qu'avons-nous de mieux à [proposer aux jeunes] que quelques grandes valeurs universelles et la laïcité ? Il ne faut pas laisser le fait religieux à la porte de l'école. La genèse des grandes religions... doit être étudiée, non, bien sûr,... dans le cadre d'une approche théologique, mais dans celui d'une analyse sociologique, culturelle, historique qui permette de mieux comprendre la nature du fait religieux".

     Mais une religion ce n'est pas seulement un fait sociologique, culturel : c'est une démarche intime où l'affectif passe avant tout, parce que le croyant y cherche (et y trouve, parfois) une raison de vivre, d'espérer, d'aller de l'avant malgré les duretés de sa vie.

     Les prélats à mitre ou à turban le savent bien : ils tirent leur pouvoir de l'exploitation de ce besoin de sens qui surgit du plus profond de chaque être humain. Il n'empêche : la religion, ce n'est pas le fait religieux. C'est beaucoup plus que cela, et chacun a du mal à exprimer par des mots ce qu'il cherche ou trouve dans sa propre religion.

     Réduire la religion au fait religieux, c'est présenter aux élèves une coque privée de sa noix. Mais c'est la noix qui nourrit, non la coquille.

 

4) Vaisseaux fantômes :

     Privée de sa quille, notre civilisation (sa culture, sa pensée, sa recherche de connaissances) ressemble à un vaisseau fantôme, qui erre de droite et de gauche.

     Restaurer la défunte chrétienté, le christianisme agonisant ? Impossible, tout marin sait qu'un bateau ne recule jamais dans son propre sillage.

     Au moins, ne pas se bercer d'illusions : l'enseignement du fait religieux à l'école ne comblera pas le vide des têtes et des coeurs de nos enfants.

 

                  M. B., 26 oct. 2007

 

 

    

 

    

 

 

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Michel Benoît



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