VERS L'AU-DELA DES APPARENCES

          - Ah non ! Me parlez pas d' la mort ! C'est morbide !

          - Et si je vous dis que le soleil va se coucher ce soir, est-ce morbide ?

          - J'veux pas le savoir. Me parlez plus de mort !

          Les réactions face à la mort sont souvent violentes, incontrôlées. Nos sociétés postmodernes ont tout fait pour la transformer en processus aseptisé, en sorte que rien (ni avant, ni surtout après) ne vienne questionner brutalement la façon dont nous vivons.


          Mon vieil ami Peter est mort hier. Plusieurs fois, j'ai eu déjà l'occasion d'accompagner des mourants jusqu'à ce seuil, qu'ils franchissent seuls. Jamais je n'ai vécu une mort aussi extraordinaire.


          Au début de l'été, Peter - rencontré au marché - m'annonça que la médecine ne pouvait plus rien pour lui, et lui donnait quelques mois : puis il continua de faire ses emplettes, le plus tranquillement du monde, son panier au coude.

          Deux mois plus tard il était alité, sous assistance respiratoire, et s'affaiblissait à vue d'œil. J'ai eu le privilège de pouvoir l'accompagner de près, jusqu'au bout. A sa famille qui me remerciait, j'ai répondu : "Vous voulez rire ! C'est nous qui devons remercier Peter pour le chemin qu'il nous a fait faire, à vous et à moi ! "



          L'approche de la mort révèle ce que nous sommes en vérité. Plus de masques, plus de théories, de faux-semblants, de conventions, de leçons apprises. Tout s'efface devant la réalité qui est là, dans sa nudité mais aussi dans son épaisseur et sa densité. On ne triche plus : on est, enfin, ce que l'on est - rien de plus, mais aussi rien de moins.


          C'est vrai pour l'entourage du mourant, ces plus proches qui l'ont connu depuis leur naissance. Ils découvrent soudain un autre, comme si le jet d'un karcher dégageait d'un coup ce qui n'apparaissait pas jusque là, qui était recouvert par les apparences trompeuses. Que parfois ils refusaient (inconsciemment) de voir : la trajectoire profonde d'une vie, demeurée en quelque sorte souterraine et qui, soudain, crève l'écran des conformismes immanquablement liés au quotidien.


          C'est vrai aussi pour le mourant, mais alors les réactions sont inégales :


          Crises d'angoisse devant l'inconnu du saut qui s'annonce : j'ai entendu autrefois un moine-prêtre confirmé (60 ans de vie monastique !) me dire d'une voix tremblante, les yeux terrorisés : 
          - L'éternité… ! Ah, l'éternité… ! Qu'est-ce que c'est ?
          Et l'on se souvient de l'agonie de la Mère Prieure du Dialogue des Carmélites : avec la force qui est la sienne, Bernanos décrit, dans une scène saisissante, le gouffre d'angoisse dans lequel chute, à l'instant décisif, cette religieuse jusque là exemplaire, maîtresse d'elle-même, menant sa vie et celle de ses "filles" d'une poigne de fer.


          Parfois (mais plutôt chez l'entourage), crises de révolte contre un "Dieu" dont on ne sait rien - ou plutôt, dont on sait hélas trop de choses, véhiculées par l'imagerie et entretenues par des religions qui prospèrent sur ce fond d'angoisse.


          Souvent, abandon : le mourant lâche prise, se laisse aller à la dérive, renonçant à vivre sa mort comme il a vécu sa vie.
          Défaite consentie, capitulation.



          Peter a été vivant jusqu'au dernier instant. L'esprit totalement lucide, sans même perdre cette touche d'humour distancié que j'appréciais tant chez lui. Il a regardé sa mort en face, dans les yeux : sans angoisse, sans révolte, sans défaitisme.

         
          En quelles profondeurs de lui-même a-t-il puisé cette attitude, si rare ?

          Il était croyant catholique, et même pratiquant régulier. Il avait lu tous mes livres, l'un après l'autre. Sans s'étonner, et avec une lueur d'amusement dans le regard : mes analyses, mes dénonciations parfois, ne le troublaient nullement. Comme s'il parvenait à s'accommoder de ma conviction que Dieu est une chose, et que l'Église en est une autre.
          Sa pratique religieuse, enracinée dans son enfance, lui convenait : nous n'en parlions pas, mais il s'est mis à lire les ouvrages indigestes des exégètes auxquels je me réfère. Sans une seule vague à l'âme. Bref, il avait réussi ce en quoi j'ai échoué : ne pas rompre avec son passé, intégrer le fait que "Dieu" est une construction humaine mais que Celui qui se cache derrière ce mot reste le moteur et le but de nos vies.


          Pour cette harmonie préservée dans la trajectoire de sa vie je l'admirais, et secrètement je l'enviais.



          Il m'a offert la joie de le veiller l'une de ses dernières nuits. J'avais apporté mon psautier, il le savait. Vers deux heures du matin, il ne dormait toujours pas. Sa respiration était difficile. Il m'a fait signe, et dans un murmure : "Etes-vous sûr que vous avez envie de me lire un psaume ?" J'ai compris, et dans le silence de la nuit nous avons laissé couler entre nous l'eau pure et brûlante des psaumes. Il a murmuré : "Comme c'est beau ! Maintenant, laissez-moi, je veux méditer".
          Dix minutes plus tard, il dormait enfin, d'un sommeil apaisé.


          La veille de sa mort, penché sur lui, je guettais chaque respiration - qui pouvait être la dernière. Il a réussi à me dire, avec difficulté, reprenant souffle après chaque mot : "Dieu vibre… dans cette maison… le matin… et le jour… et la nuit".

          J'ai compris qu'il était déjà face-à-face avec la Réalité. Sa lumière éclairait son visage émacié.

 
          Peu après, je devais partir pour Paris. Je lui ai dit que je reviendrais le voir dès mon retour, et lui ai demandé : "Etes-vous inquiet ?" De la tête, il a fait "Non, non !". Puis, en tâtonnant il a saisi ma main, m'a offert son regard profond, limpide, et a réussi à articuler : "Michel… merci !".


          C'était son adieu. Il savait que nous ne nous reverrions plus.



          Cadeau inestimable, fabuleux. Et maintenant, il va falloir continuer à vivre à la hauteur à laquelle Peter nous a portés. La mort en face, comme un moment de la vie. D'une vie qui change de forme mais ne cesse pas, jamais.


                                M.B., 1° octobre 2009

 

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I. Aux origines : une tribu

          Lorsque la tribu issue d'Abraham s'établit en Égypte, elle forme un groupe extrêmement soudé autour de sa descendance, les douze frères. Le sentiment de persécution, le travail forcé imposé par les Égyptiens, renforce encore ce sentiment d'appartenance des individus à un groupe. Il faut faire front pour survivre : la cohésion est surtout d'ordre politique et social, secondairement d'ordre idéologique et religieux.
          Après leur fuite d'Égypte, errant dans le désert, les juifs n'ont plus d'oppresseurs contre qui se liguer : ce qui les fédère alors, c'est l'angoisse du lendemain. Dévorés d'angoisse, ils s'opposent à Moïse et le forcent à une solitude exemplaire : il doit planter sa tente en-dehors du campement communautaire, puisque ses "frères" refusent la confiance qu'il accorde, et lui seul, à Yahwé.
          Pour la première fois dans la Bible, un homme connaît la solitude comme conséquence de sa vision intérieure, celle d'un monde auquel lui a accès, mais pas ceux qui ont formé jusque là sa communauté, ses réseaux de relations et de solidarités.
          Angoisse et rejet de la nouveauté : les deux ingrédients permanents de l'exclusion, par un groupe, de l'un des siens.
          Sources de toutes les solitudes imposées.

II. Solitude de Jésus

          Rarement soulignée par les commentateurs, la solitude de Jésus est un élément fondateur de son expérience spirituelle.
           Il semble en être le seul artisan : c'est lui qui s'éloigne de sa famille, puis qui la rejette (Mc 3,33). C'est lui qui ne sacrifie jamais au Temple, et condamne les sacrifices - culte fédérateur de la communauté juive. C'est lui qui insulte les autorités religieuses de son pays. Lui qui proclame que la Loi ancienne - celle qui avait fait de la tribu informe un Peuple structuré - n'est plus valable, puisqu'elle doit être "accomplie" : c'est-à-dire dépassée, et par lui. C'est lui enfin qui choisit de n'avoir pas une pierre où reposer sa tête, devenant vagabond et mendiant, marginal.
          Ayant perdu famille, enracinement religieux et social, méprisé puis pourchassé, Jésus est un homme seul. Très seul dans un monde juif où nul ne peut être une île.
          Il a souffert de cette solitude, qu'il a pourtant choisie. Il tente alors de s'entourer de douze disciples, chiffre hautement symbolique auquel il attache une grande importance. Mais ces Douze, communauté de substitution, ne comprennent rien à la nouveauté qu'il apporte et ne pensent qu'à leur propre avenir politique, la première place qu'ils convoitent ouvertement. Jésus le comprend vite : dès lors, il marche "devant eux", seul.
          Tragiquement seul.
          Reste son Dieu. Tant qu'un juif n'a pas perdu Dieu, il n'a pas tout perdu. Son cri sur la croix, "Éloï, pourquoi m'as-tu abandonné ?", est une citation du Ps 21. Comme tous les juifs, Jésus exprimait le fond de son âme par une citation de l'Écriture. Cette parole est l'une des "sept paroles en croix" qui résiste le mieux à l'analyse : elle a toutes chances d'être authentique.
          Abandonné du Dieu de son éducation juive, de l'Éloï qui fédère sa communauté dans la foi et le culte, Jésus est devenu une île. Il est totalement, absolument seul.


III. Abandon de Dieu et solitude


          Un autre homme, dans la Bible, a connu une expérience semblable : c'est Job.
          Il perd simultanément tous ses biens, et tous ses enfants. Sa femme le méprise, le raille et le rejette. Son corps le trahit. Malade, il s'établit sur un tas de fumier, et attend.
          Viennent le visiter trois amis. Des amis, enfin ! Un lien quelconque avec la communauté des hommes ! Que non. Ses amis lui démontrent, avec l'implacable suavité des ecclésiastiques de tous les temps, qu'il est seul responsable de sa solitude. Elle est voulue par Dieu. Job doit se soumettre à la volonté de ce Dieu qui l'a séparé de tout, et de tous.
          Job ne se révolte pas - pas très longtemps, en tout cas - contre ce Dieu qui lui voudrait du mal. Dans la nuit obscure de son âme, il consent. Il n'accuse pas Dieu. Il n'accuse personne, il ploie sous le consentement.
          Ce consentement, Nietzche le refuse : il tue Dieu, et le remplace par danse du Gai Savoir, celui des Hommes enfin libérés de toute tutelle, enfin grands par eux-mêmes. Les super-hommes d'un monde sans Dieu.
          Donatien, marquis de Sade, est le seul à avoir été plus loin que Job, plus loin que Nietzche : il ne tue pas Dieu, il l'écrase de son mépris, le poursuit de ses hurlements, l'évacue comme un animal malfaisant. Mais dans les décombres de Dieu, il écrase aussi l'homme, l'enfant et la femme qui ne sont plus qu'objets de jouissance. Triste Savoir : il n'y a que jouissance, recherche de la jouissance au prix du foutre épandu, du sang versé.
           L'Homme n'existe plus, pas plus que Dieu : personne n'est allé aussi loin que Sade dans la solitude qui fut la sienne, enfermé dans un appétit de jouissance que Dieu ne peut combler, et que les êtres humains ne comblent qu'au prix de leur destruction, lentement accomplie sous les yeux et par les mains du jouisseur.

IV. Solitude du disciple de Jésus

          De son vivant, tentant d'échapper à la solitude qui le cernait, Jésus n'a donc pas réussi à former une communauté, un nid de chaleur et de partage humains.
          Ceux qui viennent à lui, il ne leur dit pas : "Rejoins-nous". Il leur dit : "Suis-moi".
          Cette solitude qui est la mienne, assume-la, fais-la tienne. Désormais tu seras séparé de tous, comme je l'ai été. Et je serai ta seule porte d'entrée dans le Royaume.
          C'est peut-être cela que signifiait dans sa bouche l'image de la "porte étroite" : étroite, parce qu'elle est limitée à lui seul. Quitter la communauté, pour ne passer que par lui.
          Porte étroite ? Peut-être. Mais une porte n'est jamais qu'un lieu de passage, fait pour être franchi. Ouvrant sur quelque chose.
          Et ce sur quoi Jésus ouvre, c'est sa "Loi du cœur", qui mène à la découverte de la tendresse de Dieu. Non pas l'Éloï qui abandonne Jésus sur la croix, mais Abba, océan de tendresse, infini d'un amour nouveau : avait-on jamais décrit "Dieu" comme le père inquiet, qui attend chaque jour devant la route poudreuse l'enfant perdu ? Comme la femme, prête à tout bouleverser dans sa maison (l'Église ?) pour retrouver une seule pièce perdue ? Comme le berger, abandonnant la communauté pour aller, dans la solitude rocailleuse, chercher une seule brebis qui vagabonde dans la solitude ?

          Pendant les siècles de sa splendeur, l'Église catholique a offert à ses fidèles la solidité de ses dogmes, un rempart contre l'étrange et sa nouveauté, la chaleur du regroupement.
          C'est pourquoi sans doute ceux qui mesurent l'inanité des dogmes, ceux que la nouveauté n'effraient pas plus que la vie, ceux qui expérimentent la froideur d'une communauté devenue factice, ceux-là qui cherchent ont pourtant du mal à franchir le pas : tout quitter - et d'abord les racines de leur enfance- pour suivre le solitaire de Galilée.
          Quitter la sécurité communautaire, laisser tomber le manteau protecteur des dogmes, peut apparaître comme une entrée en solitude - qui fait peur, à laquelle on ne se résout pas. On reste "un pied dedans, un pied dehors".
          Franchir la porte, faire confiance à l'homme Jésus. Sa "Loi du cœur" est une révolution, exigeante ? Sans doute. Elle mène à l'Abba qu'il n'a cessé de prier, et dont il a si peu parlé dans son enseignement. Mais dont la proximité, seule, explique que la solitude de Jésus, si elle fut réelle, fut aussi un chemin d'initiation.
          "Je suis la porte" : aller vers elle, la franchir, c'est réduire la solitude à néant.

                    M.B., 9 juillet 2008

 

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11 janvier 2007

    
          Lu, dans la presse féminine, un dialogue entre le philosophe André Comte-Sponville et l'écrivain E.E. Schmitt.

     "Est-ce que Dieu existe ? Je ne sais pas, mais... je crois", dit Schmitt. A quoi Comte-Sponville répond : "Je ne sais pas si Dieu existe, mais je crois qu'il n'existe pas"

     
          Deux esprits aussi brillants ne peuvent accoucher que de brillantes formules. Ils ne sont pas les premiers : au cours des siècles, l'éventail des possibilités a été exploré jusque dans les moindres recoins. Depuis le "Je crois en Dieu, parce que c'est absurde" (la foi du charbonnier) jusqu'au "Je crois en Dieu, parce que la raison me le démontre" (certains théistes des Lumières). Entre-deux, on trouve la formule de St Anselme "Je crois en Dieu, afin de comprendre Dieu" - laquelle n'est pas éloignée de la position des musulmans, cf. Tariq Ramadan (cliquez).

     On n'en sort pas, les opinions s'opposent sans jamais se rencontrer. Pourquoi ? Peut-être parce que la question est mal posée.

    
          En effet, tout ce brillant monde parle de "Dieu". Le mot est indistinctement employé, aussi bien par ceux qui pensent croire en lui, que par ceux qui refusent la foi, ou qui sont entre les deux. Et l'on philosophe, on philosophe...

     Or, c'est le mot Dieu lui-même qui est piégé, et rend toute réponse impossible à la question de la foi.

    
          Car "Dieu" est déjà, en lui-même, une invention des théologiens ou des penseurs. Quand un Occidental ou un Moyen-oriental dit "Dieu", automatiquement, sans qu'il puisse y échapper, il introduit dans son esprit - avec le mot - un vaste champ sémantique. Très différent, certes, selon les civilisations et les époques, mais très prégnant. Le mot "Dieu" véhicule ainsi avec lui, au choix : l'image du Tout-Puissant qui régit tout, celle de l'auteur ou du complice du Mal, du Père inhibiteur ou source de dépendance, de l'Amant absolu, du père fouettard, que sais-je... Jusqu'au vieillard à barbe blanche assis sur son nuage, tout là-haut, au ciel de nos enfances.

    
          Les théologiens sont responsables de cette enflure sémantique, sur laquelle débouche automatiquement le mot "Dieu". Et ceci a commencé très tôt, dès la deuxième étape de l'écriture de la Bible (habituellement appelée élohiste). A partir de là, à cause du texte lui-même qui se met à nommer "Dieu", puis à le décrire de plus en plus précisément, le judaïsme, suivi du christianisme et de l'islam, vont parler, et parlent encore, de "Dieu".

     Il n'en allait pas ainsi pour la première mise par écrit de la Bible (le yahviste), ou pour l'hindouisme. Là, on sait encore qu'on ne peut pas nommer "Dieu" : la toute première Bible le désigne par quatre consonnes qui ne signifient rien, et que les juifs pieux remplacent (aujourd'hui encore) par une seule, le yod ou '. Quant aux hindous, ils remplacent la désignation de "Dieu" par une simple vibration, "Ohhhmmm...."

    
          Quand un occidental se demande s'il croit en Dieu, il se demande en fait s'il adhère à telle ou telle représentation de "Dieu" - qu'il ira puiser, selon sa formation ou sa tradition, dans telle ou telle partie du champ sémantique générée par le mot "Dieu".

     Vous me demandez si je crois en "Dieu" ? La réponse est claire, sans appel : c'est non. Non, je ne puis adhérer à aucune des représentations ouverte par le champ sémantique "Dieu". Il me faudrait alors choisir entre les opinions des uns ou celles des autres, alignées dans les rayons de nos bibliothèques depuis plus de 25 siècles.

    
          Alors, en quoi croyez-vous ?

     Je ne crois pas : je constate (et il m'a fallu pour cela toute une vie de recherches tâtonnantes, d'expériences douloureuses) que derrière ce monde des apparences, il y a une réalité que la plupart appellent "Dieu", mais que je me refuse à nommer parce qu'elle est au-delà de tout mot.

     Une personne ? Mais non ! Si je dis "une personne", je rentre déjà dans la querelle des mots, dans une cage assemblée depuis les premiers conciles jusqu'à E. Mounier. Un existant ? Pas plus, vous me traînez chez Heidegger ou Sartre.

     Alors, quoi ?

    
          Une expérience, faite à la fois dans la vie et par l'esprit. La vie devançant presque toujours l'esprit, le travail de l'esprit éclairant lentement la vie. Une expérience, qui ne peut donc se réduire à aucun mot, même quand c'est une expérience que l'esprit prétend analyser.

     Une expérience ne se met pas en formules, ni en mots. Elle ne se décrit pas, elle est au-delà des mots. Elle se constate, quand toutefois la conscience finit, enfin, par acquiescer - toutes murailles intérieures renversées - à la force de l'évidence.

                                     M.B.

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Michel Benoît



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